Souvent, l’Histoire ne retient de vous qu’une phrase, quelques mots qui marquent les esprits. Il se pourrait ainsi bien que Georges Bush vienne d’entrer dans l’immortalité en estimant, hier, que la situation « s’améliorait » en Irak. Il l’a dit sans rire, devant des journalistes qui en sont resté cois car, si « amélioration » de la situation il y a, ce n’est pas au profit des Etats-Unis. En Irak, la situation « s’améliore », d’abord, pour Moqtada Sadr, le jeune imam chiite que son radicalisme marginalisait il y a deux semaines encore et dont les responsables de la coalition américaine ont fait un héros en fermant son hebdomadaire que personne ne lisait puis en arrêtant son adjoint que personne ne connaissait. Promu ennemi N° 1des Etats-Unis, Moqtada Sadr est d’un coup devenu une sorte de héros national, un Robin des Bois qui a pu jeter ses milices dans les rues et que la coalition a achevé de promouvoir en lançant un mandat d’arrêt contre lui qu’elle était totalement incapable de faire exécuter. Vindicatif et poupin, ce jeune homme a désormais pris une telle place sur l’échiquier politique irakien que les Etats-Unis se sont résolus à engager des pourparlers avec lui, secrets bien sûr, mais dont bruisse le tout Bagdad car les intermédiaires qui les mènent depuis la fin de la semaine dernière multiplient les indiscrétions comme pour mieux se valoriser eux-mêmes. La situation, en deuxième lieu, s’est améliorée pour les grands ayatollahs chiites, largement débordés par Moqtada Sadr mais, du même coup, recentrés et plus indispensables que jamais aux Américains qui comptent maintenant sur eux pour calmer le jeu. Hier, l’ayatollah Sistani était l’homme qui s’opposait au projet de Constitution adopté sous l’égide de la coalition et exigeait l’organisation immédiate d’élections dont les chiites sortiraient immanquablement vainqueurs du seul fait qu’ils représentent 60% de la population irakienne. Aujourd’hui, il est un recours pour les Américains, prend de fait la place de leur Conseil de gouvernement transitoire et nomme des négociateurs chargés de trouver les termes d’un retour au calme. La situation s’améliore, en troisième lieu, pour les plus radicaux des sunnites qui après avoir, il y a deux semaines, assassiné quatre Américains à Falloujah et invraisemblablement mutilés leurs corps, ont résisté à l’expédition punitive lancée contre eux et obligé la coalition à entrer en pourparlers avec eux. Peut-être faut-il alors considérer que c’est ce que Georges Bush avait en tête avec ce mot d’« amélioration », notion qui est, il est vrai, toujours relative. Il vaut toujours mieux, c’est vrai, négocier que plonger plus avant dans un bain de sang qui aurait bientôt achevé de dresser la grande majorité des Irakiens contre la coalition mais où tout cela mène-t-il ? Pour l’heure, au triomphe politique des extrémistes, au rapprochement entre radicaux sunnites et chiites, à l’isolement des Kurdes et à la multiplication des prises d’otages qui visent à faire partir tous les étrangers du pays. Devancé de 7 points dans les sondages par John Kerry, son futur adversaire démocrate, Georges Bush donne, ce soir, une conférence de presse.

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