Bible des libéraux de tous les pays, l’hebdomadaire britannique The Economist a pris position, hier, en faveur de Nicolas Sarkozy. C’est un choix « faute de mieux », écrit l’hebdomadaire en déplorant que le candidat de l’UMP soit plus un « pragmatique brutal » qu’un « libéral convaincu » mais, face à un François Bayrou jugé trop réticent sur le libre-échangisme et à une Ségolène Royal, surtout, qui « défend fermement toutes les vieilles sornettes de la vieille gauche », The Economist estime que Nicolas Sarkozy « offre le meilleur espoir de réformes » - libérales s’entend. Ce choix n’est pas une surprise mais reflète bien, pourtant, cette totale incompréhension du monde anglo-saxon devant une France si rétive au règne du marché et qui étonne tant la correspondante à Paris de la BBC. Dans les réponses qu’elle donnait hier aux questions de ses auditeurs sur la présidentielle française, on voyait bien à quel point le libéralisme, cette vision économique selon laquelle « l’Etat n’est pas la solution mais le problème », est aujourd’hui aussi dominant en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et dans tant d’autres pays qu’il est exécré en France. « Quel candidat propose la meilleur solution, demande un auditeur, pour sortir la France de ses problèmes économiques ? – D’un point de vue anglo-saxon, ou américain, répond la correspondante, c’est M. Sarkozy qui propose les mesures économiques les plus complètes et un ample programme de réformes ». La preuve ? « La plupart des entrepreneurs et les grandes sociétés le soutiennent, dit-elle, car ils croient qu’il déréglementerait et assouplirait la rigidité du marché du travail en France » alors, poursuit-elle, que « le programme de Ségolène Royal est très traditionnellement celui du socialisme français », ainsi défini par la journaliste : « L’Etat prend soin de ceux qui ne peuvent pas prendre soin d’eux-mêmes tandis qu’on limite la rapacité du capitalisme ». Tout cela est dit sur un ton d’évidence, avec autant de sincère conviction qu’on dépeint si généralement, en France, les libéraux comme des buveurs de sang, prêts à saigner la veuve et l’orphelin pour engraisser les patrons. Avec les sourdines que Nicolas Sarkozy a dû mettre à son libéralisme et Ségolène Royal à son blairisme, cette campagne présidentielle aura marqué comme jamais l’abîme culturel qui s’est instauré entre la France et le monde anglo-saxon. Vue de Londres ou de Washington, la France est un pays de gauche mais elle n'est pourtant pas seule à être restée attachée aux idées de solidarité et de protection sociales. L’Espagne, l’Italie, la Suède, le Danemark, l’Allemagne les Pays-Bas, la Belgique, l’Autriche, d'autres encore, le sont aussi. Le cœur de l’Europe ne veut pas non plus opter pour le tout marché mais la France l’ignore car, devenue méfiante, elle confond désormais Europe et libéralisme.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.