En hongrois, jobbik signifie « le meilleur ». C’est le nom que s’est donné un parti d’extrême droite qui ne réunissait encore que 2,2% des voix aux législatives de 2006 mais qui vient de frôler les 17% à celles d’avant-hier. Talonnant la gauche, le Jobbik est devenu, dimanche, le troisième parti de Hongrie, pays membre de l’Union européenne, et cela n’a rien d’anecdotique car cette formation et la Garde hongroise qui parade dans ses meetings en uniformes noirs sentent à plein nez le fascisme des années trente ans qui fut dominant à Budapest sous le régime de l’amiral Horthy. L’envol du Jobbik tient à celui du déficit budgétaire de la Hongrie. Pour y faire face, la majorité socialistes sortante avait du geler les salaires, supprimer le treizième mois des fonctionnaires et augmenter la TVA. Là-dessus le krach de Wall Street avait fait plonger le forint, la monnaie nationale. Beaucoup de Hongrois qui avaient emprunté en devises étrangères pour bénéficier d’intérêts moins élevés n’ont plus pu honorer leurs traites. La Hongrie a du faire appel au FMI, à la Banque mondiale et à l’Union qui lui ont prêté 20 milliards de dollars sous condition d’une rigueur accrue. Les comptes publics ont été largement rétablis mais le pays s’est senti mis sous tutelle, ruiné, et une haine y est montée, violente, aveugle, non seulement contre les multinationales qui avaient racheté des pans entiers de l’économie hongroise après la chute du communisme mais aussi contre les Juifs – « les Israéliens », dit-on dans une dernière pudeur – et contre les Roms, surtout, les Tsiganes, nombreux en Hongrie, marginalisés et le plus souvent sans travail. Ce qui s’entend, aujourd’hui, à la base du Jobbik, contre les Roms, les Juifs et les étrangers fait blêmir mais ce n’est pas tout. A la fin de la Première guerre mondiale, le traité de Trianon avait considérablement réduit le territoire de la Hongrie au profit de pays voisins où vivent depuis d’importantes minorités hongroises. Cette plaie se rouvre. La grande Hongrie est l’un des premiers chevaux de bataille du Jobbik, son autre produit d’appel, et le plus inquiétant est que le Fidesz, le grand parti de droite qui a remporté ces législatives, colle dangereusement au Jobbik pour ne pas se laisser déborder. Légitimisée par le Fidesz, portée par la profondeur et la persistance des difficultés sociales, cette extrême droite peut encore élargir son électorat et prendre un vrai poids sur la politique de ce pays et le pire est qu’on aurait tort de ne voir là qu’un phénomène hongrois. Aux dernières élections européennes, l’extrême droite avait remporté 17% des voix aux Pays-Bas, 16% dans les régions flamandes de la Belgique, près de 18% en Autriche, 15% au Danemark, 11% en Italie et elle avait dépassé les 5% dans six autres pays de l’Union. En progrès en France, elle pourrait arriver en tête des législatives néerlandaises de juin prochain car le rejet de l’autre monte et prospère en Europe, attisé par le chômage, la peur de l’islam et cette prééminence que le marché mondial et les institutions européennes ont prise sur les Etats nations. Ce n’est pas, déjà, l’alerte noire mais une tempête se lève.

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