C’est donc aujourd’hui que reprennent les négociations de Genève entre les insurgés et le régime syriens. Il ne s’agit que d’une date officielle puisque les représentants de Bachar al-Assad se disent retenus jusqu’à la fin de la semaine à Damas par la tenue d’élections législatives dans les zones contrôlées par le pouvoir en place mais, faux départ ou pas, c’est l’ombre de la Russie qui pèsera sur ce nouveau cycle de discussions.

C’est à Moscou que se décidera leur échec ou leur succès puisqu’elles entrent maintenant dans le vif du sujet, la mise en place d’un nouvel exécutif syrien dont le régime et les insurgés ont des conceptions totalement contraires.

Pour Bachar al-Assad, il ne peut s’agir que de la formation d’un gouvernement d’ouverture qui comprendrait, sous son autorité, des personnalités de l’opposition qu’il serait susceptible d’accepter. Pour les insurgés, et la différence est de taille, il doit s’agir d’un nouveau pouvoir, certes composé d’hommes de l’ancien régime et de l’opposition, mais auquel Bachar al-Assad céderait l’ensemble de ses pouvoirs, y compris militaires.

Théoriquement, cette seconde conception est aussi celle de l’ensemble des grandes puissances, Russie comprise, qui l’avaient faite leur à l’issue des premières négociations de Genève, au début de la guerre. Toute la question est donc de savoir si Vladimir Poutine est ou non disposé à faire pression sur Bachar al-Assad pour lui faire renoncer à la réalité du pouvoir et la réponse est incertaine.

La position de la Russie reste ambiguë, volontairement ambiguë puisqu’elle ne veut pas lâcher son allié Bachar al-Assad en rase campagne et souhaite, bien sûr, que le régime puisse négocier un compromis en position de force, si compromis il doit y avoir. Il n’y a rien d’étonnant à cela, mais au bout du compte ?

Au bout du compte, on ne sait pas car deux options s’offrent au Kremlin. L’une serait de continuer à suffisamment aider le régime pour qu’il puisse regagner du terrain et ne concéder que des portefeuilles à l’opposition. C’est tentant puisque Vladimir Poutine pourrait alors dire que c’est ainsi, que c’est la réalité du rapport de forces, et démontrer par-là que la Russie est un allié fiable sur lequel on a tout intérêt à s’appuyer.

L’influence de la Russie sur la scène internationale en serait renforcée mais, dans cette option, le conflit syrien se prolongerait. La Russie serait obligée de rester, pour longtemps, partie prenante à cette guerre et se retrouverait face-à-face, ce qui est pour elle bien plus inquiétant encore, avec l’ensemble des pays sunnites qui ne veulent pas que le régime syrien l’emporte car il est l’allié de l’Iran chiite contre lequel ils sont en train de resserrer leurs rangs autour de l’Arabie saoudite.

L’intérêt des Russes serait bien plutôt de favoriser un compromis et de se faire faiseurs de paix. C’est là-dessus que tablent les Etats-Unis mais il n’est pas sûr qu’entre l’aventure et la raison, Vladimir Poutine ait déjà choisi.

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