Une question qui est posée à la une de beaucoup de quotidiens coréen depuis une semaine, et pour quelques bonnes raisons.

Par Anthony Bellanger.

La première raison, c'est que le fameux porte-avions américain Carl Vinson envoyé par Donald Trump sera ce weekend sur zone.

Ce qui signifie tout de même 6 000 marines et surtout 85 avions de combat qui vont patrouiller au large de la péninsule. Si l'on ajoute à cela les rodomontades du dictateur joufflu de Corée du Nord, Kim Jong Un, promettant la guerre, l'inquiétude est servie.

D'autant plus que la situation est assez inédite : côté américain, on appliquait jusqu'à présent en Corée une tactique dite de « patience stratégique ». C'est assez facile à comprendre : quoique fasse la Corée du Nord, on attend, on ne bouge pas une oreille.

Alors, on sanctionne, on vitupère, on se plaint mais... pas une bouton de guêtre ne bouge... Même lorsque la Corée du Nord dépasse les limites, comme il y a 7 ans, presque jour pour jour, lorsque Pyongyang a tiré sur un navire sud-coréen : 46 marins tués.

Or l'envoi de ce porte-avions et les tweets qui les accompagnent semble bien en finir avec cette fameuse « patience stratégique » qui plaisait tant à Barack Obama et surtout aux Chinois qui détestent rien tant que l'imprévisibilité.

Donc, selon vous, ça sent plutôt la guerre ?

Non, ça sent surtout Donald Trump, c'est-à-dire un président qui a décidé d'être raisonnablement imprévisible. Reste un détail : il a envoyé sa flottille vers les côtes coréennes pile au moment où il recevait en Floride le président chinois Xi Jinping.

Et ces deux-là on prit le temps de parler 7 heures durant. J'imagine aisément que l'affaire coréenne a dû faire partie des conversations. Or les Chinois n'ont absolument pas commenté, même pas pour la condamner, cette démonstration de force américaine.

Or, en Corée du Nord, rien ne peut se faire sans que la Chine ait son mot à dire.

Quant à la Corée du Sud, elle n'a pas non plus envie d'en arriver au conflit armé avec leurs voisins. On le comprend en ouvrant une carte : la capitale Séoul est à une centaine de kilomètre à peine de la frontière nord-coréenne.

Pas besoin de missiles nucléaires pour dévaster une région où vivent 25 millions de Sud-coréens : une bonne vieille batterie artillerie de campagne suffit amplement. La Corée du Nord en a amassé des dizaines de milliers dans cette région.

Reste, me direz-vous pour conclure, que ne rien faire signifie laisser les Nord-coréens développer la bombe nucléaire et la mettre au bout d'un missile balistique ? Oui, c'est vrai. Mais est-ce si différent de ce que nous connaissons depuis Hiroshima ? Pas vraiment

Au fond, nous vivons depuis 70 ans sous la menace des arsenaux nucléaires d'une dizaine de pays dont certains, comme le Pakistan, sont plus inquiétants que la Corée du Nord. L'argument nord-coréen est de dire : un de plus ou un de moins, quelle importance ?

Et c'est là que se situe toute la négociation : peut-on accepter des nord-coréens ce qu'on a refusé aux Iraniens ?

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