Pourquoi ? Pourquoi tant de Français - 67% d’entre eux à en croire le sondage publié ce matin par Le Figaro - sont-ils opposés à une entrée de la Turquie dans l’Europe ? Trente-neuf pour cent le sont, disent-ils, parce que les droits de l’Homme ne sont pas respectés dans ce pays. C’est vrai. Ils le sont nettement moins que dans les vingt-cinq actuels pays de l’Union. Les tabassages, la torture parfois, y demeurent une réalité dans les commissariats mais, outre qu’il arrive également que cela se produise dans des pays fondateurs de l’Union et que la Turquie fait d’immenses efforts, dans la loi comme dans la pratique, pour éradiquer ce mal, personne ne propose de faire adhérer la Turquie dans les jours qui viennent. C’est de l’ouverture de négociations d’adhésion que le Conseil européen doit ou non décider cette semaine. Ces négociations seront au moins aussi longues, plus d’une dizaine d’années, qu’elles l’ont été pour les dix derniers entrants et si la situation des droits de l’Homme ne devenait pas entièrement satisfaisante en Turquie, les négociations n’aboutiraient tout simplement pas à ce nouvel élargissement qui ne serait alors pas possible. Deuxième grande raison, invoquée, celle-ci, par trente-quatre pour cent des Français hostiles à l’entrée de la Turquie : l’ampleur des différences religieuses et culturelles entre les vingt-cinq et ce pays. Elles sont réelles. La Turquie n’est pas de culture chrétienne mais musulmane. C’est une évidence mais à croire, et dire, que l’Islam ne pourrait pas être une religion de l’Europe, qu’il y aurait incompatibilité entre les deux, non seulement nous oublierions qu’il y a déjà beaucoup de musulmans européens mais nous ne ferions, surtout, que donner raison, contre la majorité des musulmans du monde et d’Europe, à M. Ben Laden et ses réseaux terroristes. Pays laïc où les femmes votent depuis bien plus longtemps qu’en France, régime parlementaire, pays de liberté de la presse, la Turquie est là pour prouver que la démocratie peut parfaitement s’épanouir en terre musulmane et l’intérêt de l’Europe, comme celui de la paix, est d’aider à achever de le prouver. Une Turquie devenue pleinement démocratique et membre de l’Union, incarnerait, le jour venu, la défaite politique des islamistes qui ne pourraient plus dire, ce jour-là, aux peuples musulmans du pourtour méditerranéen qu’ils n’ont pas de place dans la modernité, que l’Europe est leur ennemi, leur seul avenir le fanatisme religieux et leur seul espoir la guerre. Le jour venu, dans une quinzaine d’années, les Français décideront, par référendum, mais il est triste que leur a priori de départ soit si négatif alors que la Turquie est un pays francophile, très francophone et que la France y a toujours inspiré le parti de la liberté. Il y a là un double paradoxe. Non seulement nous perdons, par ce refus, l’amitié d’un puissant pays, en plein boom économique, mais les Français sont aussi massivement hostiles à l’adhésion turque qu’ils l’étaient à l’intervention en Irak alors que nous pouvons là réussir par la paix ce que les Américains échouent à faire par la guerre : ancrer l’Islam à la démocratie.

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