L’indignation est aussi nécessaire qu’elle est vaine. On ne peut bien sûr pas laisser passer sans réagir cette conférence de Téhéran sur la réalité de l’extermination des Juifs d’Europe, laisser M.Ahmadinejad et ses invités négationnistes expliquer qu’il n’y aurait pas eu de chambres à gaz et que l’industrie de la mort mise au point par les nazis n’aurait été qu’une invention destinée à justifier la création de l’Etat d’Israël mais que faire devant des gens décidés à dire que ce qui fut n’a pas été ? On peut les inviter à lire les témoignages des survivants et les aveux des assassins (« Les ordres », disaient-ils). On peut leur demander où seraient donc passé ces gens qu’on entassait dans des trains et qui ne sont jamais revenus, pourquoi on arrêtait des hommes, des femmes, des enfants, des vieux, des jeunes, des pauvres, des riches, des socialistes et des conservateurs, des gens de toutes nationalités dont le seul point commun était d’être juif. On peut tenter de rester calme ou leur hurler qu’ils vous soulèvent l’estomac mais ils vous répondent « tabou », « mythe » ou, mieux encore - la citation est de M.Ahmadinejad - que l’Iran est aujourd’hui « le pays de tous les libres penseurs ». Arrêtons-nous sur cette phrase. L’Iran a un régime fondé sur la religion, un régime qui interdit à toute femme de sortir sans voile et lance des condamnations à mort contre des personnes censées avoir attenté à l’Islam, un régime qui impose une foi à tous ses ressortissants nés musulmans et son Président déclare tranquillement que l’Iran « est le pays de tous les libres penseurs ». A ce compte-là, l’esclavage était la liberté et l’Inquisition. A ce niveau d’effronterie dans le mensonge, à ce degré de cynisme, tout est dit sur l’organisateur de cette conférence. Tout adjectif serait superflu mais reste la question : pourquoi fait-il cela ? Ce n’est pas parce qu’il est fou. Totalement illuminé, il n’est pas irrationnel et Mahmoud Ahmadinejad poursuit un objectif politique. Il veut faire de l’Iran chiite la première puissance du Proche-Orient, ébranler les régimes sunnites, sortir le chiisme de son statut de branche minoritaire, et méprisé, de l’Islam et pour cela il s’est mis en tête non seulement de vouer Israël à la destruction mais de s’attaquer aussi à l’ensemble du judaïsme pour en faire une force si abominable qu’elle aurait même été capable d’inventer l’holocauste et de l’imposer comme un fait dans le seul but de nuire au monde musulman. En se faisant le champion de la négation du génocide des Juifs, cet homme croit pouvoir devenir le champion de l’Islam et le persuader que, grâce à lui, à l’Iran et au chiisme, « le régime sioniste, comme il vient de le dire, va bientôt disparaître comme l’URSS a disparu ». Pour lui – c’est ce qui se disait à cette conférence – « l’Holocauste est le talon d’Achille d’un cheval de Troie juif » et tout cela a un nom. Cela s’appelle la « Raison d’Etat », la plus ignominieuse des Raisons d’Etat.

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