Est-ce le même ou un autre ? Difficile à dire tant ce « Traité simplifié » qui sera signé aujourd’hui à Lisbonne ressemble au projet de Traité constitutionnel rejeté par les Français et les Néerlandais tout en s’en différenciant par bien des aspects. Sur le fond, l’essentiel des réformes institutionnelles du projet constitutionnel est maintenu. La présidence semestrielle et tournante de l’Union, un pays tous les six mois, est remplacée par un Président élu par le Conseil européen, par l’ensemble des chefs d’Etat ou de gouvernements, pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois. L’Union sera, autrement dit, incarnée par un homme, ou une femme, qui devrait normalement rester en poste pour une durée de cinq ans. Comme prévu par le projet constitutionnel, l’Union va également se doter d’un ministre des Affaires étrangères qui sera vice-président de la Commission et disposera d’un « service d’action extérieur », d’un service diplomatique européen chargé de contribuer à une convergence des politiques étrangères des Etats membres. La différence est que ce ministre n’aura pas le titre de « ministre », trop ambitieux, trop fédéraliste, au goût de la Grande-Bretagne, mais celui de « Haut représentant » qui fera moins d’ombre aux diplomaties nationales. Le vote à la majorité qualifiée, enfin, devient la règle. Définie comme une majorité de 55% des Etats membres représentant au moins 65% de la population européenne venant d’au moins quinze pays, cette majorité qualifiée empêchera que les grands pays ne se mettent d’accord sur le dos des petits et se substituera, surtout, à la règle de l’unanimité qui, à 27 et bientôt plus, empêchait d’avancer dans tout domaine un tant soit peu controversé. L’Union, en bref, se dote d’un visage et d’un représentant sur la scène internationale. Elle se donne, en même temps, les moyens de décider malgré l’élargissement de ses rangs. Pour ce qui est des changements, on ne parle plus de « Constitution », terme qui introduisait dans les traités une dynamique fédérale dont ne voulaient pas les pays les plus libéraux et les plus atlantistes. Ce sont ces pays partisans d’une Europe marché et adversaires d’une Europe politique, qui ont profité du rejet du projet constitutionnel grâce auquel ils ont également obtenu la suppression des références, trop fédéralistes à leur goût, au drapeau, à l’hymne et à la monnaie unique de l’Union. On est là dans l’ordre des symboles mais, outre que les symboles comptent et que ce n’est plus – plus aujourd’hui en tout cas – la même Europe, la Charte des droits fondamentaux à laquelle les syndicats européens avaient tout raison de tenir, est sortie des traités, ce qui constitue une autre victoire, plus réelle cette fois-ci, de l’Europe marché. Dernière différence, les anciens traités ne sont plus repris dans ce texte. C’est une bonne manière faite au "non", mais rien de changé en réalité car repris ou pas, absents ou présents, ces anciens traités ne pouvaient être modifiés, et ne le pourront, qu’à l’unanimité.

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