Le constat fait, hier, par Nicolas Sarkozy n’est guère contestable. C’est bien « une autre Europe qui est en train de naître » car, au-delà du jugement à porter sur lui, qu’on le juge bon, insuffisant ou détestable, le compromis passé vendredi à Bruxelles introduit ou consacre trois changements majeurs.

Bien que chacun s’évertue à le nier pour ne pas sembler s’en réjouir, la Grande-Bretagne, d’abord, s’est éloignée de l’Union. Elle l’a fait par crainte de voir imposer à la City, sa place financière, de nouvelles taxes et réglementations. C’est cette crainte et la mobilisation des plus europhobes de ses amis conservateurs décidés à bloquer la ratification de tout nouvel accord européen qui ont conduit le Premier ministre britannique à faire bande à part, à se couper des 26 autres membres de l’Union, de cette nouvelle Union dans l’Union où l’essentiel se passera désormais et sur les décisions de laquelle Londres ne pourra plus peser.

La Grande-Bretagne reste membre de l’Union mais un membre de seconde zone alors même qu’elle avait tant fait, depuis 40 ans, pour s’opposer de l’intérieur aux progrès de son intégration. Elle ne le pourra plus et, avec toute l’amitié due aux Britanniques, ce n’est pas là une mauvaise nouvelle pour l’Europe.

Le deuxième changement est que, face au danger d’une disparition de la monnaie unique et d’un délitement de l’Union, tous ses autres Etats ont finalement fait front, mettant de côté leurs différences, leurs divergences et l’irritation que suscite la prépondérance du couple franco-allemand. C’est comme un réflexe d’union nationale qui a joué là, une sorte de patriotisme européen qui a bel et bien anticipé le jour où l’Europe deviendra, pour ses multiples nations, la patrie commune qu’elle est pourtant encore si loin d’être.

C’est profondément encourageant et le troisième changement, absolument majeur, est que l’Union a maintenant pérennisé le principe de solidarité et instauré un pilotage commun de ses économies qui transforme une zone monétaire en une économie continentale.

Si ce n’est pas là l’émergence d’une nouvelle Europe, c’est que deux et deux ne font plus quatre mais il va de soit que tout n’est pour autant pas résolu. Aussi solidaire et déterminée qu’elle se soit montrée vendredi, l’Union va longtemps rester en butte à la défiance des investisseurs et il serait illusoire d’espérer que ses 26 chefs d’Etat et de gouvernement puissent aisément définir des politiques économiques européennes alors que les uns veulent développer le nucléaire et les autres s’en détourner, qu’il y a parmi eux des sociaux-démocrates, des conservateurs et des libéraux et que l’harmonisation fiscale est une urgence pour les uns et un épouvantail pour les autres.

Comme dans tous les grands compromis de l’histoire européenne, une faille béante a été pudiquement voilée vendredi, celle qui consiste, en l’occurrence, à vouloir instaurer un gouvernement européen sans qu’il ne reçoive de mandat clair des citoyens concernées, ceux des 26 nations désormais dotées d’un exécutif commun. Cela ne pourra pas longtemps tenir car, quoi qu’en dise Nicolas Sarkozy, la démocratie européenne reste à bâtir. C’est la prochaine étape, à d’ores-et-déjà préparer.

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