Un conflit peut en cacher un autre, et même deux autres. Invoquant les tirs syriens tombant sur son territoire et la possibilité que la Syrie puise tirer contre elle des missiles à tête chimique, la Turquie a obtenu de l’Otan dont elle est membre depuis six décennies la fourniture de systèmes anti-missiles qui seront très bientôt déployés à ses frontières.

Cela s’appelle de la dissuasion. Tout Etat se doit d’y recourir pour parer l’éventualité d’une menace mais la puissante Turquie dont l’économie est florissante et l’armée impressionnante a-t-elle vraiment à craindre quoi que ce soit d’un régime syrien aux abois qui ne parvient même plus à défendre sa capitale et qui est plus isolé que jamais depuis que les plus grands pays du monde, Etats-Unis en tête, ont suivi hier l’exemple de la France en reconnaissant la Coalition nationale formée par l’insurrection comme seule représentante du peuple syrien ?

La réponse est évidemment non et ce n’est en réalité pas contre la Syrie que la Turquie veut renforcer sa défense mais contre l’Iran. A tort ou à raison, les dirigeants turcs considèrent aujourd’hui que les Occidentaux et la République islamique ne parviendront pas un compromis sur la question nucléaire et qu’il y aura bientôt consensus entre les Etats-Unis, l’Europe et Israël sur le fait qu’il n’y a plus d’autre solution que de bombarder les sites nucléaires iraniens avant que les ayatollahs ne parviennent à se doter de la bombe et ne suscitent une course à l’arme nucléaire dans la poudrière proche-orientale qui pourrait alors vite compter quatre puissances nucléaires en plus d’Israël.

La Turquie craint que ces bombardements des sites iraniens ne provoquent des représailles militaires de Téhéran dont elle serait l’une des premières victimes comme membre de l’Otan et alliée des Etats-Unis. Beaucoup plus que contre la Syrie, c’est contre la République islamique qu’elle veut pouvoir se défendre à l’abri d’un bouclier antimissile occidental mais ce n’est pas tout.

L’autre crainte de la Turquie est que l’effondrement prochain du régime syrien ne crée de fait un nouveau Kurdistan autonome, le Kurdistan syrien après l’irakien, que les populations kurdes de la région ne se reprennent à croire en la possibilité de se doter d’un Etat national et que ce réveil de la question kurde ne relance les aspirations séparatistes des Kurdes de Turquie. Face à ce qu’elle voit comme une menace pour son intégrité territoriale, la Turquie avait besoin de tester le soutien de l’Otan et des Etats-Unis et c’est aussi pour cela qu’elle leur a demandé de renforcer sa Défense.

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