Où l'on voit que Donald Trump a placé les Israéliens devant le plus impossible des dilemmes

C’était il y a une semaine. Il y a, aujourd’hui, une semaine que Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et tout en est changé, pour le pire, dans le plus vieux des conflits.

        Ce n’est pas que les rues de la terre qu’on dit sainte soient à feu et à sang. Il fallait, pour le craindre, ignorer ce qu’est la lassitude des Palestiniens après tant de constants échecs. Ce n’est pas non plus que le monde arabe se soit enflammé car trop de guerres le déchirent depuis trop longtemps pour qu’il puisse en déclarer une de plus. Il y a eu des manifestations et il y en aura d’autres mais la vraie conséquence de la décision de M. Trump est ailleurs et bien plus grave.

        En se rangeant aux côtés des Israéliens sur la question de Jérusalem, le président américain n’a pas fait qu’interdire aux Etats-Unis de jouer ce rôle d’arbitre qu’ils remplissaient, sans succès mais tout de même, depuis plusieurs décennies. Non seulement Donald Trump a laissé les deux parties face-à-face sans plus personne qui puisse les ramener à une table de négociations mais, pour longtemps au moins, il a tué l’idée même d’un compromis car, enfin... 

        Avec une colonisation qui ne cesse de se développer en Cisjordanie et l’impossibilité, maintenant, d’en revenir de sitôt à l’option d’un nouveau partage de Jérusalem pour y créer la capitale de la Palestine aux côtés de celle d’Israël, le fait est qu’il n’y a plus rien à négocier.          

          Le vieux rêve de la droite israélienne est en train de se réaliser. Israël est en train de s’installer dans ses frontières bibliques, celles d’un grand Israël qui ne laisse plus de place à un Etat palestinien et dès lors que la coexistence de deux Etats n’est plus à l’ordre du jour, c’est un Etat binational qui se profile.

Vétéran des négociations de paix et secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine, Saeb Erekat l’a immédiatement compris. Nous, Palestiniens, n’avons plus d’autre option, a-t-il déclaré vendredi au Haaretz, le grand quotidien israélien, que de revendiquer l’égalité des droits dans un seul et même Etat. « Notre lutte, a-t-il dit, devrait se concentrer sur cet objectif de l’égalité des droits ». 

Tous les Palestiniens, bien sûr, n’en seront pas immédiatement convaincus mais dès qu’ils auront entendu ce que Saeb Erekat vient de leur suggérer, Israël sera face au plus impossible des dilemmes : renoncer à sa raison d’être qui est de constituer un foyer national juif ou devenir un Etat d’apartheid dans lequel Juifs et Palestiniens n’auraient pas les mêmes droits. C’est à un chaos bien pire que le statu quo d’hier que Donald Trump a ouvert les portes car il est à Israël ce genre d’amis dont on dit « Gardez-moi de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge ».  

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