Alors que Theresa May a survécu hier à une contestation interne à son parti, le Royaume Uni tente toujours de trouver le chemin du Brexit. Au même moment, la France se trouve confrontée à la crise des gilets jaunes. Il y a plus de points communs qu'on pourrait le croire entre ces deux crises dans ces deux vieux pays.

Theresa May à Londres, mercredi 12 décembre, avant le vote décisif des députés conservateurs qu'elle a finalement remporté.
Theresa May à Londres, mercredi 12 décembre, avant le vote décisif des députés conservateurs qu'elle a finalement remporté. © AFP / Ben STANSALL / AFP

La France et le Royaume Uni sont deux vieux pays qui ont un temps dominé le monde, et qui, depuis des décennies maintenant, se cherchent une place dans un environnement transformé. Tous deux traversent une crise politique profonde, existentielle, qui a des causes communes, et des effets très différents. Le Sommet européen, réuni aujourd’hui et demain à Bruxelles, ne pourra pas échapper à ces deux crises qui pèsent lourdement sur l’avenir du continent.

Le Royaume Uni fait face dans la douleur aux conséquences du vote populaire en faveur du Brexit, un résultat que nul n’attendait, ni ceux qui ont organisé le référendum, ni même beaucoup de ceux qui ont voté pour quitter l’Union européenne. Le Brexit a été le moyen détourné, pour de nombreux Anglais, à l’extérieur de Londres, d’exprimer leur refus d’un avenir qui se construisait sans eux.

La révolte des gilets jaunes en France relève du même ressort, avec le ras-le-bol des victimes d’inégalités territoriales et sociales qui sont le produit de décennies de choix politiques, mais aussi d’une mondialisation féroce qui les a marginalisés et précarisés. Emmanuel Macron paye pour un héritage dont il n’est pas responsable, mais aussi pour un style de pouvoir vertical, vécu comme méprisant.

Dans les deux cas, c’est la révolte des exclus. Chez nos voisins britanniques c’est le vote du Brexit qui a été le vecteur de la colère, tandis qu’en France, celle-ci s’exprime plus traditionnellement dans la rue.

Dans les deux cas, c’est l’expression d’un SOS qui a du mal à trouver une forme organisée et porteuse de solutions. 

Ca fait deux ans maintenant que les Britanniques tentent de trouver le chemin du Brexit décidé par les électeurs, et ils en deviennent fous : les électeurs ont-ils réellement voté Brexit pour permettre à l’aristocrate hautain Jacob Rees-Mogg ou au démagogue Boris Johnson de défier Theresa May comme ils l’ont tenté, en vain hier, dans leur quête de pouvoir, ou au travailliste Jeremy Corbin d’accéder à Downing Street sans dire ce qu’il fera du Brexit ?

En France, la demande initiale de pouvoir d’achat des gilets jaunes, jugée légitime par une grande majorité de Français, se double d’un catalogue de revendications d’autant plus démesuré qu’il est issu d’un mouvement sans structures. Ce fut leur force et la garantie d’absence de récupération ; ça peut aussi être leur faiblesse, ne permettant pas de sortie négociée.

Dans les deux cas, il y a la recherche d’un modèle pour ces vieilles puissances. Le Royaume Uni s’est bâti un rêve autour du Brexit, de retour à une grandeur passée, quand le soleil ne se couchait jamais sur son empire. 

La France a cru se réinventer dans l’Europe, et Emmanuel Macron avait fait campagne sur ce thème. Mais il en a oublié au passage le volet social pour cette partie de la population qui voit s’éloigner l’État.

Ces crises peuvent être salutaires si elles permettent des débats nationaux sur la place et le modèle de société de chacun au XXI° siècle, dans un monde en plein bouleversement. Sinon, ce seront des soubresauts dans l’histoire du déclin des puissances dominantes d’hier.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.