La modestie ne l’a jamais étouffé mais, là, l’Italie en reste bouche béée. La dissolution du Parlement n’était pas encore signée par le Président de la République, la campagne électorale n’était pas officiellement entamée, que Silvio Berlusconi se comparait, vendredi, à Bonaparte. « Seul Napoléon » a fait plus que moi pour son pays, déclarait-il avant de se raviser, le lendemain même. Craignait-il, soudain, le ridicule ? Non ! C’est, bien au contraire, qu’il n’avait pas su exprimer toute la dimension de sa personne, trouver la comparaison juste, et il a, donc, corrigé le tir, devant un parterre d’hommes d’affaires. « Sur Napoléon, je plaisantais, bien sûr », a-t-il dit avant d’enchaîner, dans le même souffle : « Je suis le Jésus-Christ de la politique, patient, une victime, je supporte tout, je me sacrifie pour tout le monde ». Les catholiques n’en ont pas pris d’assaut la Présidence du Conseil mais, jusque dans les rangs de la coalition de droite, le malaise est si sérieux que le président du Parlement sortant s’est contenté d’un cinglant : « Il ne faut pas tout mélanger, ce qui est sérieux et ce qui ne l’est pas ». On ne pouvait mieux dire que, sérieux, Silvio Berlusconi ne l’est pas mais, s’il l’est de moins en moins, c’est qu’il ne parvient pas à combler le retard qu’il a pris sur la gauche. Il a eu beau faire retarder de près de trois semaines le début de la campagne électorale, repousser ainsi le moment où les temps de parole seraient comptabilisé et utiliser ce délai de grâce pour se faire omniprésent sur toutes les chaînes de télévision, celles de l’Etat et les siennes, la gauche continue de le devancer de 4 à 5 points dans les sondages. Silvio Berlusconi souffre d’être le candidat sortant, la plus mauvaise des situations dans une Europe rarement satisfaite de ses gouvernants et toujours avide de les sanctionner. Son bilan, ensuite, ne plaide pas pour lui car l’Italie a connu une récession en 2005 et que le pouvoir d’achat y a diminué ces dernières années. Pour un homme qui s’était engagé à remettre l’économie sur pied et à aussi bien gérer le pays que ses propres affaires, c’est embêtant, mais le pire pour lui est qu’il affronte une gauche unie, allant des communistes au centre catholique, et conduite par un adversaire, Romano Prodi, désigné par des primaires qui avait mobilisées 4 millions de votants en octobre. En face de cette gauche, la coalition de droite se déchire. Beaucoup de ses meilleurs talents jouent, déjà, le coup d’après. Berlusconi gêne son propre camp et le patronat ne veut clairement plus d’un homme qu’il a fini par considérer comme un zozo mais la gauche a-t-elle gagné pour autant ? Non, pas encore, pas forcément, car Romano Prodi, ancien Premier ministre et ancien Président de la Commission européenne, est aussi ennuyeux que compétent, pas glamour pour deux sous, et se refuse, surtout, à promettre la lune. Il se retirerait d’Irak et légaliserait les unions libres, y compris homosexuelles, lutterait contre l’évasion fiscale et réduirait le coût du travail – ce qui n’annonce pas vraiment des augmentations de salaire. Le principal atout de la gauche, c’est Berlusconi. Cela devrait suffire mais reste à voir si cela suffira.

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