Inflation aidant, le prix des légumes a triplé en quelques semaines. Le montant des loyers a quasiment doublé depuis l’été. Le niveau de vie se dégrade en Iran et, logiquement, son Président n’a plus la cote. Déjà insupportable aux capitales arabes, à l’Europe, à l’Amérique et la Russie, ce Mahmoud Ahmadinejad qui s’obstine dans ses ambitions nucléaires et voudrait « rayer Israël de la carte » est également en train d’unir l’Iran contre lui. Les pauvres lui en veulent de ne pas avoir tenu ses promesses de justice sociale. Les intellectuels vomissent son intégrisme. Les riches s’inquiètent de la crise dans laquelle son aventurisme risque de faire plonger leurs affaires et Téhéran bruisse de rumeurs. « Le Guide, dit-on, n’est pas content du Président ». Le Guide, Ali Khamenei, c’est le personnage le plus puissant du pays, celui qui chapeaute les institutions religieuses qui coiffent, elles-mêmes, les institutions de la République et mieux vaut ne pas l’irriter. C’est à lui que s’étaient heurtées les tentatives de réforme du précédent chef de l’Etat, Muhammad Khatami. C’est lui qui avait discrètement soutenu, en 2005, la candidature de Mahmoud Ahmadinejad pour contrer les autres prétendants, tous trop libéraux à son goût mais, même pour Ali Khamenei, ce Président va trop loin. « Le Guide est sage, confient ses proches. Il veut protéger le pays ». « De quoi, demandez-vous ? - Des tensions et des menaces », répondent-ils avec l’énigmatique douceur des mollahs de cour. En langage ecclésiastique, cela veut dire des tensions sociales, des divisions du régime et des bruits de botte américains, de tout ce que suscite Mahmoud Ahmadinejad, mais cela signifie-t-il que l’Iran soit à la veille d’un tournant ? Beaucoup le croient. Beaucoup le lisent jusque dans les journaux les plus conservateurs qui n’hésitent plus à attaquer ouvertement ce Président. Beaucoup en sont persuadés depuis que les élections aux conseils municipaux et à l’Assemblée des experts, le comité central des institutions religieuses, ont tourné, en décembre, à la défaite des partisans de Mahmoud Ahmadinejad mais ce régime se hâte lentement. Les Iraniens ont bien cru voir, la semaine dernière, que le Guide retirait le dossier nucléaire au Président lorsqu’il a envoyé son propre conseiller diplomatique rencontrer Vladimir Poutine à Moscou mais depuis, rien. La position de l’Iran ne s’est pas infléchie, pas encore en tout cas. Tout se passe comme si le Guide ne voulait pas de déchirements publics mais il ne reste plus que dix jours avant que le Conseil de sécurité ne se saisisse à nouveau du nucléaire iranien. Les sanctions pourraient se durcir, les compromis devenir encore plus difficiles. Alors ? Oui ? Non ? On essaiera d’en savoir plus pour demain. Bernard Guetta en direct de Téhéran.

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