Hier après-midi, la tuerie semblait enfin s’achever. Le pilonnage de Homs s’était interrompu. Les tueurs de Bachar al-Assad avaient même laissé fuir quelques familles sans les abattre sur place mais, dès la soirée, les tirs ont repris, de plus belle, pour la neuvième journée consécutive, neuf jours maintenant d’un déluge de feu sur des quartiers d’habitation dont les habitants doivent mourir, pour l’exemple, pour décourage la révolte syrienne.

Homs entre dans l’histoire des plus grandes monstruosités contemporaines mais cette abomination, pour une fois, ne laisse pas le monde indifférent. Réunie, hier, au Caire, la Ligue arabe, tous les pays arabes, a décidé de rompre toute coopération avec ce régime, de prendre contre lui des sanctions économiques, de proposer une aide politique et matérielle à l’opposition, de mettre fin à sa mission d’observation en Syrie qu’elle avait déjà suspendue et de demander à l’Onu l’envoi de casques bleus, d’une mission de paix internationale à laquelle elle se joindrait.

Parallèlement, les pays arabes et occidentaux tentent à nouveau de faire condamner le régime syrien par les Nations-Unies mais en s’adressant directement, cette fois-ci, à l’Assemblée générale car les grandes puissances n’y disposent pas de ce droit de veto que la Chine et la Russie avaient opposé, il y a dix jours, au projet de résolution présenté devant le Conseil de sécurité.

Contrairement à celles du Conseil, les résolutions de l’Assemblée générale n’ont pas d’autre valeur que morale mais elles sont pourtant d’un grands poids politiques puisqu’elles expriment le sentiment d’une majorité des pays du globe. Cette majorité pourrait, en l’occurrence, être massive. Cela pèsera. Plus encore qu’isoler la Syrie qui l’est déjà, cela isolera la Chine et la Russie en condamnant implicitement leur soutien à Bachar al-Assad. Cela n’arrêtera pas cette sanglante répression mais marquera un tel rapport de forces diplomatique que cette démarche est loin d’être indifférente.

Et puis, troisième point, la Turquie, pays qui n’est pas arabe mais très majoritairement musulman et très présent dans tout le Proche-Orient, travaille de son côté, comme la France, les Etats-Unis et plusieurs pays arabes, à la constitution d’un « Groupe des Amis de la Syrie » qui pourrait se réunir le 24 février à Tunis et renforcer le soutien politique à l’opposition.

C’est un front qui se crée. D’un côté, Bachar al-Assad a pour lui son armée, la minorité dont sa famille est issue, les Alaouites, une branche du chiisme, et la neutralité des autres minorités syriennes, chrétienne et kurde essentiellement, qui craignent d’avoir à perdre au remplacement de l’actuelle alliance des minorités par une domination de la majorité sunnite. De l’autre, il y a un bloc qui se forme, cimenté par une réelle indignation et d’autant plus solide que les gouvernements arabes et occidentaux ont aussi là des intérêts à défendre. Outre qu’ils ne veulent pas être du mauvais côté devant l’opinion arabe, ils espèrent que leur soutien à l’insurrection syrienne affaiblira le régime iranien, leur adversaire commun, dont Bachar al-Assad est l’unique allié régional. Grand jeu et liberté, c’est une grande bataille qui commence, provoquée par le printemps arabe.

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