Ce n’est pas seulement que la Corée du Nord ait procédé, hier, à son troisième essai nucléaire en six ans. C’est surtout qu’elle dit, et qu’il y a malheureusement peu de raisons d’en douter, qu’elle a testé là un engin « miniaturisé », autrement dit une charge pouvant être fixé sur des missiles de longue portée comme celui qu’elle avait lancé, à vide naturellement mais avec succès, il y a deux mois exactement.

Ce pays vient ainsi d’informer le monde qu’il s’achemine vers une capacité nucléaire pouvant menacer la Corée du Sud, le Japon et les bases militaires américaines du continent asiatique. Ce n’est pas une petite nouvelle qui est tombée hier matin. Elle est suffisamment grave pour avoir aussitôt suscité un concert de condamnations internationales et une réunion immédiate du Conseil de sécurité mais que veut, à quoi joue, la Corée du Nord ?

En admettant même qu’elle en soit bientôt capable, elle ne s’apprête pas à attaquer quiconque car ses dirigeants ne sont pas fous, bien qu’ils en donnent plus d’un signe. Ils savent que la riposte serait foudroyante et que leur régime n’y survivrait bien sûr pas. Nulle aventure ne les tente et ce qu’ils sont en train de faire est au contraire d’essayer de se doter d’une assurance-vie.

Grande comme un cinquième de la France, la Corée du Nord vit sous une dictature ubuesque depuis que le premier des conflits armés de la Guerre froide, au début des années 50, a scindé ce très vieux pays de grande civilisation. Les camps de concentration y sont innombrables. La population y est coupée du monde. Les rares étrangers qui y sont admis sont sous surveillance et le culte de la personnalité y aurait d’autant plus fait pâlir d’envie Staline que c’est une dynastie qui y est déifiée par la propagande, le fondateur du régime, puis son fils et, maintenant, son petit-fils, sans parler des oncles, tantes et autres cousins.

La Corée du Nord est le dernier pays stalinien du monde, une abomination digne de l’URSS des années 30 ou de la Chine de la Révolution culturelle. Les famines – pas les pénuries, les famines – y sont récurrentes parce que la gestion de l’économie est délirante et que tout l’argent disponible passe dans les forces armées. Ce régime est un caricatural vestige de temps révolus mais comme il n’entend pas abdiquer, l’arme nucléaire est pour lui une monnaie d’échange et une protection, un moyen d’obtenir des aides alimentaires et de se mettre à l’abri d’une très hypothétique entreprise extérieure de déstabilisation.

Ce pouvoir paraît jouer avec le feu mais, outre que cela ne lui a pas si mal réussi jusqu’à présent car il fait peur, son grand atout est que personne ne souhaite vraiment son effondrement – ni la Corée du Sud qui devait alors prendre en charge des millions de réfugiés et la reconstruction du Nord, ni la Chine qui ne veut pas d’une Corée réunifiée et, alors, alliée des Etats-Unis, ni le Japon qui ne souhaite pas devoir faire face à un nouveau concurrent régional.

Le régime nord-coréen joue sur du velours mais, à trop pousser son avantage, il risque de perdre son grand allié, la Chine qui a dit sa « ferme opposition » à l’essai d’hier et ne cache plus l’irritation que lui cause ce protégé par trop incontrôlable.

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