Ukrainien, russe, européen et international, il y a quatre bilans à tirer de ces accords de Minsk. Pour ce qui est de l’Ukraine, elle a pour longtemps perdu la Crimée que personne n’ira reconquérir pour elle mais elle évite la poursuite d’une guerre qui aurait achevé de l’épuiser, même avec des livraisons d’armes occidentales. Elle retrouve, hors Crimée, sa souveraineté et son intégrité territoriales qui n’étaient plus qu’une fiction depuis le printemps dernier. Elle les retrouve car le contrôle de sa frontière avec la Russie lui reviendra à elle et à elle seule mais il ne lui reviendra qu’à la fin de l’année, au terme d’un changement constitutionnel qui devrait accorder une large autonomie à ses provinces orientales et qui reste à négocier avec les séparatistes. La Russie et ses hommes gardent ainsi le moyen de peser sur ce processus de décentralisation dont l’ampleur n’est pas encore définie et qui ne se définira pas sans peine. Pour ce qui est de la Russie, elle s’est adjugée la Crimée, a imposé l’autonomie des régions russophones et obtenu, surtout, l’assurance que l’Ukraine n’entrerait pas dans l’Alliance atlantique puisque François Hollande s’y est publiquement déclaré opposé, qu’Angela Merkel est sur la même position et qu’il faut, en tout état de cause, l’unanimité des membres de l’Alliance pour qu’elle puisse s’élargir à un nouveau pays. La Russie a ainsi empoché les bénéfices de son ingérence militaire mais elle l’a fait au moment même où elle ne pouvait plus faire un pas de plus sans risquer l’armement de l’Ukraine par les Etats-Unis et précipiter une catastrophe économique à laquelle, sanctions ou pas, elle est déjà très sévèrement confrontée. L’Ukraine et la Russie s’en sortent au mieux qu’elles pouvaient. C’est pour cela qu’on peut sans certitude mais raisonnablement tabler sur le respect de ces accords, même s’il n’est pas exclu qu’il y ait de nouveaux combats avant ou même après le cessez-le-feu qui doit entrer en vigueur demain soir à minuit.Pour ce qui est maintenant de l’Europe, la France et l’Allemagne viennent d’y reprendre la main et de le faire sans la Grande-Bretagne. La FrançAllemagne s’est ressoudée comme jamais et ce commun succès de Paris et Berlin comme la connivence qui s’est désormais nouée entre Angela Merkel et François Hollande augurent bien de l’avenir. Sur la Grèce, sur l’équilibre à trouver entre la poursuite des politiques de désendettement et les mesures de relance qui s’imposent, sur l’harmonisation fiscale et sociale, demain, des économies de la zone euro, c’est en confiance que la France et l’Allemagne vont maintenant pouvoir travailler à redonner à l’Union la cohérence et la direction qui lui manquaient si cruellement depuis si longtemps. Sur la scène mondiale enfin, ces accords de Minsk marquent deux changements capitaux. Le premier est que, pour la première fois dans l’histoire de leur unité, les Européens ont résolu une crise internationale sans aide et encore moins conduite des Etats-Unis. C’est une spectaculaire affirmation de l’Union qui, second point, devrait maintenant pouvoir envisager, un jour, l’organisation du continent Europe avec son autre pilier qu’est la Russie

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