Où l'on voit que les guerres sont en train de tout changer à une région autrefois figée pour l'éternité

Rien n’y ressemble plus à rien. Oubliez tout ce que vous savez du Proche-Orient, enfin… pas tout, bien sûr, mais presque car les guerres et les rivalités de puissance y bouleversent vraiment tout. 

        Jeudi, premier exemple, le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, est attendu en Turquie, pays membre de l’Alliance atlantique depuis bientôt sept décennies. Turcs et Américains sont censés être les plus proches amis du monde mais la Turquie s’est rapprochée de la Russie, alliée de Bachar al-Assad, parce qu’elle craint qu’un morcellement de la Syrie ne donne naissance à un Kurdistan indépendant et que cela ne réveille l’indépendantisme de ses propres Kurdes. Cette crainte est si grande que la Turquie est entrée en Syrie pour s’y attaquer aux milices kurdes syriennes, celles qui sont restées alliées des Américains depuis qu’elles ont permis la victoire contre Daesh. 

Cela fait deux sujets de contentieux et, pour bien montrer de quel bois ils se chauffent, les Turcs auront débaptisé d’ici jeudi la rue longeant l’ambassade américaine à Ankara pour la renommer « Rameau d’olivier », nom de leur intervention en Syrie, contre les alliés kurdes des Etats-Unis. 

Ambiance, comme on dit, mais il y a mieux. Alors que ces milices kurdes de Syrie contre lesquelles la Turquie est intervenue font partie de l’opposition armée au régime de Damas, l’armée de Bachar al-Assad les laisse désormais converger vers la région d’Afrin, menacée par l’avance turque. 

Bachar al-Assad soutient ses adversaires contre la Turquie qui s’est pourtant ralliée à lui et pourquoi ? Parce que le boucher de Damas reproche à ses nouveaux alliés turcs de continuer à soutenir certains des éléments de l’insurrection armée afin de le forcer à accepter un compromis politique avec l’opposition dont ni lui ni l'Iran ne veulent, contrairement aux Turcs et aux Russes, ses deux autres soutiens.  

Ce week-end, troisième exemple, un chercheur iranien accusé d’espionnage car il est également canadien est mort en prison. Il se serait suicidé mais on comprend si bien de quoi il est mort que quatre associations universitaires ont écrit au président de la République, le très pragmatique Hassan Rohani, pour lui demander d’établir la vérité. C’est du jamais vu. Ces universitaires se comportent comme s’ils vivaient en démocratie mais, depuis les manifestations de la fin de l’année contre la cherté de la vie, tout semble soudain possible en Iran, saisi par un enhardissement général. 

Bien, tant mieux, mais ce n’est rien à côté de l’Arabie saoudite dont le jeune prince héritier veut tant consolider la monarchie en s’attachant la jeunesse et les femmes qu’un dignitaire religieux vient d’y déclarer à la radio que le port de l’abaya, de l’uniforme noir des Saoudiennes, n’avait rien d’obligatoire. Non… Une tenue modeste suffit, a-t-il dit, comme s’il s’agissait soudain d’être plus moderne à Ryad qu’à Téhéran.        

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