Les Européens traînent des pieds pour participer à la Conférence initiée par les Américains, aujourd’hui et demain à Varsovie, destinée à mobiliser contre l’Iran. Washington est convaincu que le régime des mollahs est sur le point de s'effondrer.

Le Conseiller national à la Sécurité John Bolton (à gauche), et le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo (à droite) avec Donald Trump lors d’une cérémonie à la Maison Blanche le 7 février 2019. Ils sont les initiateurs de la Conférence de Varsovie.
Le Conseiller national à la Sécurité John Bolton (à gauche), et le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo (à droite) avec Donald Trump lors d’une cérémonie à la Maison Blanche le 7 février 2019. Ils sont les initiateurs de la Conférence de Varsovie. © AFP / WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Dans le film « Vice » d’Adam MacKay, qui sort aujourd’hui en France, portrait féroce de Dick Cheney, le vice-président de George W. Bush, on croise un homme moustachu, pas très grand. Il s’appelle John Bolton, et faisait partie de cette poignée de dirigeants qui ont été les instigateurs de l’invasion de l’Irak en 2003, sur la base d’un énorme mensonge d’État.

John Bolton est le seul membre de cette aventure militaire, unanimement considérée aujourd’hui comme une catastrophe politique et humaine majeure, à se retrouver à un poste clé dans l’administration Trump. Il est le Conseiller national à la Sécurité de la Maison Blanche, le grand gagnant du nettoyage par le vide autour du Président.

Avec le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo, il est l’inspirateur de cette Conférence qui s’ouvre aujourd’hui à Varsovie. A l’origine, John Bolton voulait qu’elle soit focalisée sur l’Iran, sa bête noire ; mais les Européens ont réussi à convaincre la Maison Blanche qu’elle ne servirait qu’à mettre en évidence les contradictions entre les États-Unis et leurs alliés.

Le nouvel intitulé est plus sobre : conférence « sur la paix et la sécurité au Moyen Orient », c’est-à-dire tout et rien. Mais c’est bien l’Iran qui est dans la tête des initiateurs américains, et qui explique les tensions avec les Européens, en désaccord avec les États-Unis depuis leur retrait de l’accord nucléaire avec Téhéran l'an dernier.

Pour cette raison, la France ne sera représentée que par un haut fonctionnaire, l’Allemagne par un Secrétaire d’État, et le Royaume uni par son chef de la diplomatie, qui a prétexté le Brexit pour repartir aussitôt après l’ouverture. Federica Mogherini, la représentante de l’Union européenne pour la politique extérieure, sera quant à elle aux abonnés absents.

Le vieux clivage Europe de l’Ouest-Europe de l’Est se reproduit ici. Les États-Unis cultivent particulièrement leurs relations avec les pays d’Europe centrale et orientale. La Pologne elle-même joue à fond cette carte, espérant même abriter une base américaine, baptisée « Fort Trump ».

L’administration Trump fait ainsi monter la pression sur l’Iran, avec de nouvelles sanctions qui font mal à son économie. Elle espère fédérer une coalition autour d’un objectif non avoué, faire tomber le régime des mollahs, qu’elle estime suffisamment affaibli pour lui donner le coup de grâce. 

Mais si la France ou l’Allemagne s’y opposent, ce n’est pas par sympathie pour les mollahs qui viennent de fêter le 40ème anniversaire d’une révolution épuisée. Les Européens font une autre analyse : ils pensent que ces pressions extérieures, surtout venant des Américains, font le jeu des durs du régime, et n’auront pas l’effet souhaité.

Et c’est là qu’on retrouve John Bolton et son passé de manipulation de l’opinion lors de la guerre d’Irak. Il y a un air de déjà-vu dans la mobilisation contre l’Iran, et les Européens échaudés ont toutes les raisons de s’en méfier. En Irak, John Bolton jouait les seconds rôles, il est désormais en pleine lumière.

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