Le 100 millionième égyptien est une Egyptienne et s'appelle Yasmine. Mais cette explosion démographique, qui est une exception dans le monde arabo-musulman, terrifie le pouvoir égyptien.

La population égyptienne a atteint les 100 millions d’habitants dimanche, a déclaré l’organisme statistique en Egypte qui conserve sa position de troisième pays le plus peuplé en Afrique derrière l’Éthiopie et le Nigeria
La population égyptienne a atteint les 100 millions d’habitants dimanche, a déclaré l’organisme statistique en Egypte qui conserve sa position de troisième pays le plus peuplé en Afrique derrière l’Éthiopie et le Nigeria © AFP / MOHAMED EL-SHAHED

L'Egypte compte désormais 100 millions d'habitants et, on va le voir, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle. Mais commençons par un sourire. C'était mardi dernier, aux alentours de midi, l'énorme compteur numérique installé sur le toit de l'institut statistique égyptien venait d'inscrire le chiffre magique :

100 millions d'Egyptiens. Le 100 millionième Egyptien est d'ailleurs une petite Egyptienne prénommée Yasmine et née en Haute-Egypte, dans la province de Minya. Et voilà l'Egypte confortablement installée à la 3e place des pays les plus peuplés d'Afrique après le Nigéria et l'Ethiopie. Mieux encore : selon les prévisions, ce sera 128 Millions en 2030.

C'est simple, avec une croissance naturelle de près de 2% l'an et 3,5 enfants par femme, la démographie de l'Egypte est même une des plus dynamique au monde. Pour bien comprendre, on va essayer de procéder idée reçue par idée reçue.

Première idée reçue : l'Egypte est un pays arabe et, c'est bien connu, les populations arabes font pleins d'enfants. Faux ! L'essentiel du monde arabo-musulman est en pleine en transition démographique.

C'est-à-dire que leur taux de natalité tend vers les nôtres et tournent autour de 2 à 2,5 enfants par femme. Je rappelle qu'en France, on est un peu en dessous de 2. 2e idée reçue, l'Islam serait un frein au contrôle des naissances. Encore faux ! La principale autorité de l'Islam sunnite se trouve au Caire et s'appelle Al Azhar :

Or, Al Azhar est très clair sur le sujet : le contrôle des naissances et la contraception sont parfaitement compatible avec l'Islam. Donc, en résumé, les chiffres de l'Egypte, ses 3,5 enfants par femme, sont une exception qui n'a à voir ni avec l'arabité, ni avec la religion.

Expliquer  (mal) l'exception égyptienne

On explique mal ce particularisme. D'autant que ça s'est aggravé en 10 ans, encore une fois à l'inverse de l'ensemble des pays du monde arabo-musulman : de 3 à 3,5 enfants par femme donc. La première explication, c'est la déconfiture depuis le printemps arabe de l'Etat égyptien.

Moins de présence étatique, moins de moyens de contraception, moins d'information, plus d'enfants. Mais en fait l'explication la plus probante est tout bonnement la crise économique très sévère qui touche le pays : moins d'argent, plus d'enfants.

C'est un vieux réflexe paysan : les enfants, c'est l'assurance-vie et la retraite des parents. Or la population égyptienne est avant tout paysanne et rurale. Mais cette explosion démographique terrifie le pouvoir actuel et pour des raisons évidentes :

L'Egypte est ce pays improbable où 95% de la population vit sur moins de 4% du territoire national : une mince bande de terres qui de part et d'autre du Nil et dans son delta. Imaginez 100 millions d'habitants pauvres sur un territoire grand comme la Belgique !

Tous les problèmes se posent en même temps : problème de chômage alors que 700 000 jeunes Egyptiens entrent tous les ans sur le marché du travail. Problème de logement, alors qu'on ne sait même pas dire si le Caire compte 20, 22, ou 25 millions d'habitants.

Problème d'eau : 97% de l'eau potable et agricole du pays provient du Nil et donc, par ricochet, problème avec le voisin éthiopien qui est en train d'achever un énorme barrage sur sa portion du Nil et menace, dès cet été, l'approvisionnement en eau des Egyptiens.

Mais surtout, menace politique ! Tant de jeunes et tant de problèmes, c'est l'assurance de « printemps arabes » à venir. Le pouvoir égyptien le sait bien qui, à la hâte, est en train de se construire une capitale-forteresse secondaire, loin du Caire la révoltée.

D'ailleurs, dans la région, tout le monde s'inquiète de cette explosion démographique égyptienne, comme les monarchies du Golfe, si riches et si peu peuplées. Elles préfèrent payer maintenant des milliards plutôt que de voir demain les Egyptiens déborder sur leurs rives.

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