En un seul week-end, la Corée du Nord vient d’annoncer qu’elle se retirait, à compter de samedi, du Traité de non-prolifération nucléaire, qu’elle se considérait donc libre de se doter d’armes atomiques, et qu’elle pourrait également reprendre ses essais de missiles, des missiles de longue portée qui peuvent atteindre la majeure partie de l’Asie. Le dernier Etat stalinien du monde, un pays en comparaison duquel l’Irak aurait tout de la Confédération helvétique, annonce, autrement dit, qu’il peut déclencher l’apocalypse, frapper non seulement la Corée du Sud mais aussi le Japon et les quelque cent mille soldats américains stationnés en Asie et que se passe-t-il ? Rien. Presque rien en tout cas puisque que le concert de protestations internationales auquel le monde s’est associé ne dépasse pas l’indignation verbale, voire la compassion. C’est « un appel à l’aide », déclarer ainsi la Suède alors même que la Corée du Nord possède déjà plusieurs bombes atomiques et pourrait, sous un an, en produire assez pour en vendre à qui mettrait le prix. Résumons : les Nord-coréens sont en situation de réaliser le scénario dont la seule virtualité mobilise les Etats-Unis et l’Onu contre l’Irak, ils le proclament et, Washington en tête, toutes les grandes capitales appellent au calme. Surprenant en effet, ahurissant même, mais il y a des raisons à cela. La première est que les Suédois disent évidemment. Exsangue, ruinée, affamée, la Corée du Nord ne veut pas partir en guerre. Ses dirigeants veulent obtenir du monde, et des Etats-Unis en premier lieu, une aide économique et des garanties, surtout, sur la pérennité de leur Etat dont la faillite pourrait faire, autrement, un souvenir emporté par la réunification de la péninsule coréenne comme la RDA a disparu dans l’Allemagne unifiée. La Corée du Nord menace parce qu’elle a peur. Elle fait chanter les Etats-Unis parce que son régime est dos au mur mais ce n’est malheureusement pas là la seule raison de cette retenue internationale. Ce sang-froid, cette sagesse, tiennent également, et plus encore, à la réalité des arsenaux nord-coréens qui contraint les Etats-Unis eux-mêmes à temporiser. Ils n’ont pas le choix. Le monde n’a pas le choix, car il est tellement clair que personne ne pourrait s’attaquer impunément à ce pays que personne ne peut répondre à la menace par la menace. Georges Bush, en troisième lieu, le pourrait d’autant moins que ni le Japon ni la Corée du Sud ne veulent prendre le moindre risque. Aux premières loges, ils savent non seulement qu’ils seraient les premières victimes d’une démonstration de force mais aussi que Kim Jong-Il, le dictateur nord-coréen, est capable de tout, même d’aller jusqu’aux frappes d’avertissement. Les Sud-coréens en sont si conscients qu’ils viennent d’ailleurs d’élire un nouveau Président qui plaide, comme son prédécesseur, le dialogue avec le Nord et prie vigoureusement les Américains de ne pas transformer son peuple en cobaye. Et puis, enfin, quoi qu’on en dise à la Maison-Blanche, les Etats-Unis ne peuvent pas risquer de se retrouver en même temps en guerre contre l’Irak et la Corée du Nord. Kim Jong-Il profite de la crise irakienne. Elle le sert.

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