C’est une réalité, maintenant vieille de soixante ans. Depuis que les Etats-Unis se sont imposés, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme la première puis l’unique superpuissance, le monde se retrouve, tous les quatre ans, comme suspendu à la campagne présidentielle américaine. Ce n’est évidemment pas que le monde s’arrête de tourner mais tous les grands acteurs internationaux, Etats, forces politiques et économiques, suivent, semaine après semaine, les primaires qui, cette année, commencent lundi prochain dans l’Iowa, puis les conventions des deux partis, durant l’été, et l’affrontement enfin des deux candidats désignés, car la personnalité du vainqueur, son programme et les soutiens qu’il aura reçus vont ensuite peser sur l’évolution des cinq continents. Ce qui est toujours vrai l’est, pourtant, aujourd’hui comme jamais car aucun des prédécesseurs de Georges Bush depuis Harry Truman, le premier Président de la Guerre froide, n’aura été aussi susceptible que lui de changer la donne mondiale. Aucun d’eux n’a même pensé, en effet, à faire des Etats-Unis une puissance solitaire, avide de soutiens, bien sûr, mais décidée à utiliser sa force pour partout imposer ses choix, contre l’Onu si nécessaire, contre ses alliés s’ils ne suivent pas, contre ses adversaires, naturellement, réels ou supposés. Non seulement Georges Bush y a pensé, non seulement il l’a fait, avec l’Irak, mais s’il obtient un second mandat qui, de par la Constitution, serait le dernier, plus aucun souci électoral ne limitera son action. Qu’il parvienne ou non à stabiliser l’Irak, qu’une victoire à Bagdad l’incite à en chercher d’autres ou qu’un échec le pousse à la fuite en avant, il voudra développer sa stratégie de la guerre préventive, remodeler le monde en fonction de sa vision des intérêts américains, à ses yeux indissociables de la prospérité et de la stabilité internationales. Les bases qu’il commencera d’installer, au printemps, en Irak deviendront les instruments d’un interventionnisme politique et, le cas échéant, militaire dans tout le Proche-Orient. L’Europe sera sommée de se plier à la politique américaine et d’isoler, pour cela, ceux de ses pays qui résisteraient à cette injonction. La Chine sera promue au rang de grand partenaire des Etats-Unis, seule à être ménagée car elle offre le plus prometteur des marchés, peut garantir la stabilité asiatique mais ne peut pas, avant longtemps, rivaliser avec l’Amérique. Qu’il parvienne ou non à ces fins, la réélection de Georges Bush ouvrirait ainsi la voie à un complet ébranlement des systèmes d’alliances, de sécurité collective et de concertation internationale dont les principes au moins s’étaient imposés depuis la fin des années quarante. Avec une seconde présidence Bush, nous entrerions dans une nouvelle ère mais quelles sont ses chances de l’emporter en novembre ? Aujourd’hui, tous les sondages le donnent gagnant car, dopée par les déficits, l’économie américaine est en plein boom, bien qu’elle ne recrée pas d’emplois. C’est l’atout du président sortant mais onze mois c’est long, très long en politique.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.