Il y a un extraordinaire paradoxe dans cette visite. Au moment même où la France s’apprêtait à recevoir, ce matin, le président intérimaire irakien, Ghazi al-Yaouar, le New York Times publiait, lui, le plus accablant des réquisitoires contre la politique irakienne de Georges Bush. A la pointe, hier, de la bataille contre l’intervention américaine, la France arrondit aujourd’hui les angles avec Washington alors que le plus prestigieux des quotidiens américains choisit, au contraire, de faire feu sur la Maison-Blanche. C’est comme si les rôles s’inversaient mais il y a une explication à ce chassé-croisé. Elle n’est que trop claire. Le chaos devient tel à Bagdad que, le New York Times tente de réveiller l’Amérique et Jacques Chirac de préparer l’avenir. En même temps que Ghazi al-Yaouar, il a invité les représentants de quatorze partis irakiens, chiites, sunnites et kurdes, hostiles ou favorables aux élections prévues pour le 30 janvier. La France se pose en interlocuteur de tous les courants politiques irakiens, y compris, donc, du pouvoir mis en place mis par les Etats-Unis, car elle est convaincue que le scrutin à venir ne résoudra rien, que les violences continueront de plus belle et que les tensions entre sunnites et chiites ne feront que s’accroître quand les députés élus s’attelleront à la rédaction d’une constitution. Quand cette évidence s’imposera, quand le danger commandera la recherche de compromis, la France veut être en position, de pouvoir faciliter des pourparlers entre toutes les forces en présence. La France se projette à trois mois mais avec la même analyse ou presque, le New York Times voudrait, lui, convaincre les milieux dirigeants américains de contraindre Georges Bush à reporter les élections du 30 janvier avant qu’elles n’aient encore aggravé la situation. Les sunnites, écrit-il, boycotteront ce scrutin car toutes leurs grandes figures et leurs principaux partis les appellent à le faire et que l’insécurité est telle dans leurs régions que personne ne s’y risquera à se présenter devant un bureau de vote. Le résultat de ce boycott, poursuit le quotidien, est que l’Assemblée constituante sera totalement dominée par les chiites, que les sunnites seront de fait exclus de la rédaction du projet de constitution et qu’ils se sentiront de plus en plus marginalisés alors même qu’ils contrôlaient le pays sous Saddam Hussein. C’est la recette d’un affrontement armée entre chiites et sunnites, estime le New York Times qui appelle en conséquence à reculer le scrutin de quelques mois, le temps, dit-il, d’amener la minorité sunnite à participer aux élections en lui offrant des garanties de représentation. Il faut changer le mode de scrutin, martèle le quotidien, car « si Georges Bush a en tête d’utiliser les élections pour proclamer la victoire de la démocratie et commencer à rappeler les troupes, il vaudrait mieux qu’elles ne donnent pas le signal de départ d’une guerre civile. » Après la Pologne, l’Ukraine vient d’annoncer qu’elle retirera sous quelques mois, ses troupes d’Irak.

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