Les faits sont clairs, ou le semblent en tout cas. Hier matin, Massoud Ali Mohammadi, 50 ans, professeur de physique nucléaire à l’Université de Téhéran, sort de chez lui et vit ses derniers instants. Commandée à distance, une moto piégée explose sur son passage, le tuant net, faisant exploser toutes les fenêtres à 50 mètres à la ronde et blessant de nombreux passants. Ce n’est pas le genre d’assassinat qu’organise un mari jaloux. C’est un travail de professionnel, l’œuvre de services secrets, mais lesquels ? Pour le ministère iranien des Affaires étrangères, pas de doute. « Les premiers éléments de l’enquête, affirme son porte-parole, révèlent des signes de l’action maléfique du triangle formé par les Etats-Unis, le régime sioniste et leurs mercenaires ». « D’un côté, renchérit le gouvernement, l’Amérique enlève des Iraniens dans des pays tiers pour le transférer aux Etats-Unis et, de l’autre, ses agents stipendiés en Iran assassinent un citoyen érudit ». La Maison-Blanche a aussitôt démenti, parlant d’accusations « absurdes » mais peut-être. Il n’est peut-être pas impossible que les Etats-Unis ou Israël soient impliqués puisque l’élimination physique fait partie de l’arsenal de leurs services comme de nombreux autres, que ces deux pays cherchent à freiner le développement du programme nucléaire iranien, que l’assassinat de scientifiques peut y contribuer et qu’il est hautement vraisemblable que les Etats-Unis aient non pas enlevé mais organisé la fuite, durant un voyage en Arabie saoudite, d’un autre physicien nucléaire iranien, Sharam Amiri. Peut-être les autorités iraniennes ont-elles donc raison, sauf que Massoud Ali Mohammadi n’était pas engagé, à en croire l’agence iranienne de l’énergie atomique, dans le programme nucléaire de la République islamique, que le retournement d’un scientifique iranien peut apporter beaucoup d’informations mais sa mort aucune et que cet enseignant n’était pas un proche du régime puisqu’il avait signé, avant la présidentielle de juin, une déclaration de soutien au principal candidat de l’opposition, Mir Hossein Moussavi. Manipulations et provocations en tout genre, tout est possible au royaume des barbouzes et de la basse police. Absolument tout est envisageable dans une situation aussi incertaine que celle que traverse l’Iran alors, tentons une hypothèse. Les ultras du régime viennent d’être rappelés à l’ordre par le Guide suprême qui s’est distancé d’eux à demi mots. Dominé par l’aile modérée des conservateurs, le Parlement tente de restreindre leur marge de manœuvres. Les ultras pourraient très bien avoir organisé cet assassinat dont ils ont tous les moyens pour faire monter la tension, accréditer leur thèse selon laquelle opposition et services étrangers ne font qu’un et réussir ainsi à durcir encore la répression comme ils la souhaitent. Ce n’est pas moins plausible, pas plus prouvé mais pas plus invraisemblable non plus que la thèse des autorités iraniennes. La seule certitude est que ce genre d’assassinats n’annonce jamais rien de bon.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.