Le monde arabe va décidément mal. Il y a la Tunisie. Il y avait eu les frémissements algériens de la semaine dernière. Il y a l’Egypte, ses oppositions muselées, ses attaques meurtrières contre la communauté copte et son incertitude croissante sur la succession d’un président vieillissant et malade. Cela faisait déjà beaucoup et voilà maintenant que le Liban retombe dans un imbroglio politique gros de répercussions régionales. Pour le moment, ce n’est qu’une crise ministérielle. Le Liban n’a plus de gouvernement depuis que dix ministres, ceux du Hezbollah et de ses alliés, ont démissionné hier suivis par un onzième qui n’était pourtant pas officiellement lié à ce courant. Il n’y a plus le quorum nécessaire à la réunion du Conseil. Il n’y a pas même un gouvernement démissionnaire chargé d’expédier les affaires courantes. En dehors du président de la République, dont les pouvoirs sont limités, il n’y a plus d’exécutif libanais mais le plus grave est moins cette situation que les raisons qui y ont conduit. Membres ou proches du Hezbollah, ces onze ministres ont ouvert cette crise parce que le tribunal international chargé d’enquêter sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en février 2005 s’apprêterait à mettre en cause ce parti chiite soutenu, armé et financé par l’Iran. La rumeur en circulait depuis l’automne. Elle avait amené le Hezbollah à exiger de la majorité chrétienne et sunnite du gouvernement que l’exécutif se distancie par avance de ce tribunal constitué par l’Onu. Il y a plus de deux mois que la tension montait à Beyrouth. Elle était suffisamment inquiétante pour que l’Arabie saoudite, soutien des chrétiens et des sunnites, ait tenté de dégager une formule de compromis dans une négociation avec la Syrie, soutien des chiites libanais et alliée de l’Iran, mais ces discussions venaient d’échouer et le Hezbollah a choisi la crise avant que plusieurs de ses membres ne risquent une inculpation. En se retirant du gouvernement, le plus puissant des partis chiites brise symboliquement le semblant d’unité nationale entre les communautés libanaises et c’est ainsi tout l’équilibre de ce pays fractionné qui est une nouvelle fois mis en question. C’est grave pour le Liban dont l’éternel problème est que l’évolution démographique y a fait des chiites la première des composantes nationales alors que les institutions politiques continuent de refléter la domination révolue des sunnites et des chrétiens. Il y a quelques 40 ans que ce pays, l’ancienne Suisse du Proche-Orient, est déchiré par cette question qu’exploitent tous les pays voisins et surtout la Syrie qui considère que le Liban lui appartient. C’est un nouvel acte de la tragédie libanaise qui se joue, une longue guerre civile qui menace de se réveiller, et le problème est que le Hezbollah n’est pas qu’un parti. C’est également un Etat dans l’Etat qui contrôle le Sud du pays, c’est-à-dire la frontière avec Israël, et qui s’est doté d’une armée autrement plus forte que l’armée nationale. Le Liban risque ainsi de redevenir un champ d’affrontement entre l’Iran et la Syrie d’un côté, les pays sunnites, Israël et les Occidentaux de l’autre. « Extrêmement grave », estimait hier la Grande-Bretagne et ça l’est.

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