Ariel Sharon sera enterré aujourd'hui. Il y a dix-huit ans déjà qu’Yitzhak Rabin a été assassiné. Les deux hommes d’Etat et hommes de guerre israéliens qui avaient fini par se convaincre de la nécessité d’arriver à la coexistence de deux Etats et qui auraient pu y mener sont maintenant morts. Les négociations de paix qu’a relancées le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, n’avancent pas. Tout semble plus que jamais bloqué dans ce conflit mais le fait est, pourtant, que les diplomaties occidentales et arabes n’excluent plus aujourd’hui une percée, plus totalement en tout cas. C’est un paradoxe mais la première raison en est que les Etats-Unis veulent se désengager du Proche-Orient. Ils n’y ont plus d’intérêt stratégique à défendre depuis que l’exploitation de leurs gaz de schistes est en voie d’assurer leur indépendance énergétique. Ils veulent, parallèlement, recentrer leurs forces sur l’Asie afin d’y canaliser la puissance chinoise. C’est pour cela qu’ils sont tellement désireux de parvenir à un compromis nucléaire avec l’Iran et qu’ils sont tout autant décidés à amener Israéliens et Palestiniens à la conclusion d’un règlement définitif. Fondamentale, cette évolution n’échappe plus aux dirigeants israéliens qui ont désormais compris que, quel que soit le successeur de Barack Obama, leur pays ne pouvait plus durablement compter sur l’inconditionnalité du soutien américain. C’est la deuxième raison pour laquelle l’impossible ne l’est plus complètement et la troisième est que l’état du monde arabe ne laisse plus guère d’autre choix aux Palestiniens que d’envisager des concessions qu’ils n’auraient pas imaginées hier encore. Dans la situation de chaos politique ou militaire qui est celle la Syrie, de l’Egypte, de l’Irak et du Liban, aucun pays arabe ne pourrait entrer en guerre avec Israël. Non seulement les Palestiniens sont seuls mais les cartes régionales ont été complètement rebattues par l’affrontement montant partout entre sunnites et chiites, par cette guerre de religion qui prend chaque jour plus d’ampleur et derrière laquelle se joue la compétition irano-saoudite pour le contrôle d’un Proche-Orient dont les Etats-Unis se retirent. Le grand conflit proche-oriental n’est plus israélo-arabe. Il est islamo-islamique et il y a désormais, quand ce n’est pas une alliance de fait, une convergence d’intérêts entre Israël et les pays sunnites qu’unit une même crainte de l’Iran et de l’axe chiite. L’écrasante majorité de la Ligue arabe en est plus que jamais encline à soutenir les efforts de règlement israélo-palestinien et la quatrième raison pour laquelle l’impossible ne l’est plus totalement est que les Palestiniens deviennent aussi forts à l’Assemblée générale de l’Onu qu’ils sont seuls au Proche-Orient car le constant développement de la colonisation israélienne leur assure de plus en plus de soutiens internationaux. Israël est de plus en plus isolé aux Nations Unies et, si ses dirigeants n’assouplissent pas leur position, ils pourraient être bientôt confrontés à de vraies menaces de sanctions économiques. Tout pousse au compromis mais le problème est qu’il est rare que la Raison fasse l’histoire.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.