On a souvent dit que Barack Obama était ce qu’il y avait de plus proche, aux Etats-Unis, d’un social-démocrate européen. Ce n’était pas faux mais, dans son discours d’hier sur l’état de l’Union, son dernier, son testament politique, ce président vient de se poser en dernière incarnation d’une gauche occidentale partout en panne d'idées et de flamme.

Ecoutons-le. D’emblée, il dénonce tous ceux qui craignent « l’extraordinaire changement que nous vivons », appellent à « craindre l’avenir » et à « restaurer les dogmes d’un passé glorieux et tranquille ». Non, dit-il, il ne faut pas répondre au changement par « la peur » mais par « la confiance en ce que nous sommes et ce que nous défendons ». Il s’attaque là à Donald Trump mais ce pourrait tout aussi bien être à ces nouvelles extrêmes droites européennes qui vendent la nostalgie d’un passé mythifié en prônant le repli sur ce qui n’existe de toute façon plus.

A cette vaine nostalgie, Barack Obama oppose ainsi l’analyse de temps présents qui ouvrent tant de nouvelles possibilités à l’humanité mais menacent aussi l’emploi par l’automatisation des tâches et permettent aux « grandes entreprises d’aller s’installer où bon leur semble, trahissant leurs racines, concentrant la fortune au sommet de l’échelle et laissant aux travailleurs moins de moyens de défendre leurs salaires ».

A cette face sombre du changement, Barack Obama propose de répondre par la baisse du coût de l’éducation, par ce qu’on appellerait en France la formation permanente et par l’extension des couvertures sociales aux moments de rupture dans des carrières professionnelles qui ne seront désormais plus linéaires. Mieux encore, comme pour prévenir toute attaque contre ce « socialisme » qui lui est si souvent reproché par la droite américaine, il vante les bienfaits et la nécessité d’un secteur privé fort tout en remarquant que ce ne sont pas les classes moyennes mais les plus grandes marques qui s’acharnent à échapper à l’impôt et pas les aides sociales qui avaient provoqué la crise de 2008 mais l’immoralité de Wall Street.

Ce n’est pas un homme de gauche qui s’exprime là. C’est un homme des nouvelles gauches de la gauche, un indigné espagnol, mais il le fait à sa manière, appelant toujours au consensus et à cet engagement citoyen et cette exigence d’équité sans lesquels il n’est pas de démocratie forte. Il y a là une revalorisation de la politique et cela fait du bien à entendre.

Pour ce qui est maintenant du monde, de l’Amérique et du monde, Barack Obama promeut la lutte contre Daesh en priorité tout en en relativisant la menace mais là n’est pas l’essentiel de son propos.

L’essentiel est une doctrine selon laquelle l’Amérique doit toujours agir, et éventuellement seule, lorsque ses intérêts ou ceux de ses alliés sont menacés mais ne doit pas intervenir dans tout pays en crise car cela ne fait que l’affaiblir. A l’interventionnisme systématique, il oppose donc la mobilisation du monde contre les dangers communs, de larges coalitions, l’usage de la diplomatie et des sanctions. C’est sa pratique et son legs.

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