Les manifestations se sont multipliées ce week-end en Iran contre le mensonge d’État qui a accompagné le tir de missile contre un avion civil ukrainien. La reconnaissance officielle de cette "erreur" n’a pas calmé la foule qui s’en prend au Guide Khamenei.

Manifestante iranienne tentant de dialoguer avec un policier, samedi 11 janvier, devant l’université Amirkabir de Téhéran. Dimanche, la police a utilisé des gaz lacrymogènes et tiré en l’air.
Manifestante iranienne tentant de dialoguer avec un policier, samedi 11 janvier, devant l’université Amirkabir de Téhéran. Dimanche, la police a utilisé des gaz lacrymogènes et tiré en l’air. © AFP / Mona HOOBEHFEKR / ISNA / AFP

L’Iran pourrait être en train de vivre son « moment Tchernobyl ». C’est Mikhaïl Gorbatchev, le dernier président soviétique, qui s’est demandé des années après si l’URSS n’avait pas réellement commencé à craquer en 1986, lors de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Cet accident avait mis à nu l’incompétence, le mensonge, l’ineptie d’un système à bout de souffle. 

C’est aussi ce qu’a révélé la destruction d’un avion civil ukrainien par la défense anti-aérienne iranienne, faisant 176 morts, et la tentative initiale de faire passer cette inimaginable erreur pour un accident technique, avec destruction des preuves sur le site du crash.

Résultat, là où il y a huit jours, l’élimination du général Soleimani semblait avoir provoqué un sursaut de nationalisme en Iran, ce week-end, la foule est descendue dans la rue à Téhéran et dans d’autres villes du pays pour crier sa colère ; pas contre l’Amérique, mais contre son propre gouvernement.

Le régime iranien est-il menacé ? 

Il y a au moins deux Iran : 

  • L’un fidèle à ce régime quoi qu’il arrive, des millions de d’Iraniens liés aux grandes fondations religieuses, aux Gardiens de la révolution, ou familles de « martyrs » de la guerre Iran-Irak… 
  • L’autre, jeune, urbain, moderniste, qui a longtemps espéré que l’aile réformiste du pouvoir réussirait à ouvrir le pays et à progressivement desserrer l’étau religieux. Ils ont cru que l’accord nucléaire de 2015 allait permettre cette transformation, pour déchanter avec le retour des sanctions, du climat de guerre, et du désespoir.

Signe de cette rupture, Mehdi Karroubi, l’un des leaders, toujours en résidence surveillée, du mouvement de contestation de 2009 contre la fraude électorale, est sorti de son silence imposé pour demander la démission de l’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême iranien. Cette demande quasi-blasphématoire est reprise dans la rue.

Pour autant, ce régime, qui a fait plus de mille morts en novembre pour écraser une révolte contre la hausse du prix de l’essence, sait qu’il joue sa survie – il se laissera d’autant moins abattre que Donald Trump tweete son soutien aux manifestants.

Donald Trump a tweeté en farsi

Donald Trump a tweeté en farsi, la langue de l’Iran, ce qui est un geste sans précédent pour dire aux Iraniens qu’il les soutient et mettre en garde Téhéran de ne pas commettre de massacre.

Le tweet en farsi de Donald Trump : "ne tuez pas les manifestants"
Le tweet en farsi de Donald Trump : "ne tuez pas les manifestants" / Capture d'écran

Mais Donald Trump, une fois de plus, promet plus qu’il n’est capable d’assurer. Entrera-t-il en guerre si la répression est aussi féroce qu’il y a deux mois ? On peut en douter, lui qui a saisi au vol le geste iranien de ne pas faire de victimes américaines pour mettre un terme à son escalade.

Cette crise échappe à tous ceux qui pensent être à la manœuvre, et à tous ceux qui pensent en comprendre la logique. Il a suffi d’un imprévu de taille, le Boeing abattu, pour en changer la perspective ; ce "moment Tchernobyl" qui a transformé une confrontation internationale en crise de régime, avec toutes les incertitudes et les dangers qui vont avec.

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