Le chef de l’État turc a déclaré mardi vouloir remettre les relations avec l’Europe « sur les rails », après une montée de tension qui avait débouché sur l’adoption en décembre de sanctions de l’UE contre la Turquie. Cette ouverture sera-t-elle durable ?

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan lors de sa rencontre avec les ambassadeurs européens en Turquie, mardi 12 janvier à Ankara.
Le Président turc Recep Tayyip Erdogan lors de sa rencontre avec les ambassadeurs européens en Turquie, mardi 12 janvier à Ankara. © AFP / Mustafa Kamaci / TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE / AFP

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a pris une bonne résolution pour 2021 : il a décidé d’être aimable. Il a réuni hier les ambassadeurs européens à Ankara, et leur a dit sa volonté de « remettre nos relations sur les rails ». « Nous espérons que nos amis européens montreront la même volonté », a-t-il ajouté. Samedi, lors d’un entretien avec la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, il avait déclaré que « l’avenir de la Turquie est en Europe ».

C’est le même Erdogan qui conseillait il y a quelques semaines à Emmanuel Macron d’aller consulter un psychiatre, et traitait par le mépris les critiques européennes sur le comportement de la Turquie en Méditerranée orientale.

Alors pourquoi cette volteface du Président turc, qui n’est pas par tempérament porté au compromis ? Quel est le calcul qui l’amène à vouloir se rapprocher des Européens, alors qu’il a bâti sa stratégie sur l’émergence d’une puissance turque autonome, que l’on a vue à l’œuvre, avec quelques succès, de la Libye au Haut-Karabakh en passant par le nord de la Syrie ?

La réponse tient sans doute à deux facteurs, l’économie et Joe Biden.

Le Président turc est un calculateur. Il a joué les francs-tireurs dans ses aventures militaires, alors qu’il fait partie de l’OTAN, l’alliance dirigée par les Américains. Il a même poussé le défi jusqu’à acheter un système antimissile russe, ce qui lui a valu quelques frictions avec Washington. Mais il savait parler à Donald Trump, et retourner le Président des États-Unis à son profit. Ca risque d’être plus difficile avec Joe Biden.

Les spécialistes de la Turquie le constatent, chaque fois que ça va mal entre Ankara et Washington, le pays se rapproche de l’Europe… Erdogan semble avoir estimé qu’il valait mieux baisser d’un cran le niveau d’hostilité avec l’UE. Pour la première fois le mois dernier, les 27 ont en effet acté le principe de sanctions contre Ankara, et même s’il n’est pas homme à reculer sous la menace, le président turc veut visiblement les éviter.

Les relations entre la Turquie et l’Union européenne sont évidemment l’histoire d’un amour déçu, depuis que l’Europe a, de fait, fermé la porte à une adhésion turque. La Turquie mène depuis une politique aux allures d’islamo-nationalisme revanchard, qui ne ménage pas les Européens. Mais il y a aussi beaucoup d’intérêts en jeu.

C’est l’autre motivation d’Erdogan : l’économie turque se porte mal, la monnaie s’est effondrée, les investissements étrangers sont en baisse, et le ministre des finances, par ailleurs gendre du Président, a dû démissionner en novembre. Or l’Europe reste le premier partenaire commercial de la Turquie, et absorbe 41% de ses exportations, un débouché vital. 

Que faire de cette ouverture d’Erdogan ? L’Europe ne se contentera pas de belles paroles pour renouer des relations plus sereines avec Ankara. 

Un premier test viendra des discussions entre la Turquie et la Grèce qui viennent de reprendre, à propos des hydrocarbures en Mer Égée, un sujet de contentieux explosif. Mais Il en faudra plus pour vérifier si la bonne résolution du Président Erdogan pour 2021 est durable ; ou si sa soudaine amabilité est purement tactique.

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