euro grec
euro grec © Reuters / Tony Gentile

Ce matin,toujours pas d'accord entre la Grèce et ses partenaires européens. Ou plutôt une série de questions...

La première d'entre elles, c'est pourquoi ça dure si longtemps ? Tous les sommets européens cruciaux, et j'en ai commenté beaucoup, durent des heures et des heures jusqu'à épuisement des parties. Comme s'il fallait souffrir pour être Européen.

C'est peut-être la partie la plus rassurante pour ceux qui, comme moi, pensent qu'un accord est indispensable avec la Grèce : je dirais même, laissons-les souffrir encore un peu pour en finir une bonne fois pour toute avec cette fameuse question grecque.

Eh puis, il y avait du monde à convaincre. En résumé, il fallait convaincre les Grecs en Grèce d'accepter un surcroit de rigueur, alors qu'il venaient de voter non, et les Allemands en Allemagne, de remettre plusieurs dizaines de milliards d'euros au pot.

La deuxième question qui vient en tête, c'est : fallait-il qu'Alexis Tsipras organise un référendum pour en arriver là ? Moi, je pense que oui. Ce que les Grecs s'apprêtent à signer, Tsipras n'aurait pas pu le signer il y une semaine.

Son référendum n'était pas pour nous, il était très largement pour lui. Pour lui donner une légitimité populaire que les élections de janvier ne lui avait pas données. Rappelez-vous, il n'avait obtenu que 36% des suffrages. Avec 60%, le problème est réglé.

D'ailleurs, on ne l'a pas assez souligné : au lendemain du référendum, et peu importait la question, l'ensemble des forces politiques grecques à l'exception des communistes et de l'extrême-droite, lui ont apporté leur soutien sous la forme d'un texte signé.

Alexis Tsipras a fait preuve d'un courage et d'une vista politique rare. Il a, à l'intérieur, reformé une unité politique perdue. Et à l'extérieur, il a recentré le débat européen sur la seule question qui vaille : la solidarité européenne.

Mais l'accord qui se dessine est extrêmement dur pour la Grèce

C'est vrai : les réformes exigées sont d'inspiration libérale et le fond de garantie exigé par l'Allemagne et placé au Luxembourg est presque humiliant pour un pays souverain. Mais ce que demande la Grèce, personne au monde ne l'a jamais demandé non plus.

La Grèce demande près de 80Mds€ en plus ! C'est plus que ce que le Portugal, par exemple, a obtenu depuis 5 ans ! En plus, c'est un accord, qui par exemple, mettrait en danger au moins une coalition au pouvoir en Europe, en Finlande précisément.

Eh puis, je vais vous dire le fond de ma pensée : l'important, comme souvent en Europe, n'est pas tant ce qui est signé. L'important, c'est que ce soit signé. L'important, c'est que l'Europe ait décidé qu'il n'était pas possible d'abandonner Athènes.

Si un accord est trouvé ce matin, et il le sera, j'en fait le pari, ce n'est pas d'une nouvelle Europe dont les chef d'Etat et de gouvernements vont accoucher. C'est au contraire d'une bonne vieille Europe à l'ancienne, l'Europe des compromis difficiles.

Par contre, cette Europe là elle est rentrée dans nos mœurs, dans les cafés parisiens, madrilènes, allemands ou même finlandais. Jamais on a autant parlé d'Europe et de la Grèce depuis les référendums français et néerlandais de 2005.

Aujourd'hui, 500M d'Européens connaissent et pratiquent le nom d'Alexis Tsipras, Premier ministre d'un pays, la Grèce, de 11M d'habitants situé à 2.000km de Paris, Berlin, Rome ou Madrid. Et ce n'est pas, croyez-moi, qu'une petite victoire linguistique.

Maintenant, il reste beaucoup d'incertitude : Alexis Tsipras peut dire non, l'Allemagne peut se braquer, la France peut perdre la main dans ce dédale tactique qui plait tant à F. Hollande. Nous verrons bien, mais je reviendrai demain furieux, je vous préviens.

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