Et c'est tout le Brésil qui s'enfonce un peu plus dans la crise...

Et le pire, c'est que la crise n'est pas seulement politique, elle est aussi économique : depuis deux ans, le pays est en récession sévère, le chômage a grimpé à 12%. Un taux qui ne reflète évidemment pas une réalité du sous-emploi plus profonde.

Mais l'essentiel n'est pas là ce matin : l'essentiel vous l'avez dit, c'est la chute de la maison Lula : cette condamnation infamante à 9 ans et demi de prison qui rebat toute les cartes politiques au Brésil. Soyons clair, l'ancien président n'ira pas en prison.

En tous cas, pas tout de suite : il a fait appel et, selon les experts, la procédure prendra environ 8 mois. Mais les même experts, au regard du dossier, expliquent déjà qu'il devrait perdre cet appel et qu'il sera donc pour lui difficile de se présenter en 2018.

Parce qu'aussi paradoxal que ça puisse paraître vu d'ici, Lula, le charismatique Lula, cet homme qu'Obama présentait comme l'homme politique le plus populaire au monde, qui avait quitté le pouvoir il y a 6 ans à peine avec une popularité stratosphérique de 83%...

Or malgré ces accusations de corruption active - on lui reproche tout de même d'avoir empoché plus d'un million d'euros – Lula comptait se présenter à la présidentielle de 2018. Et le mieux, c'est qu'il était de plus favori des sondages !

Cela fait plusieurs années qu'on ne parle que de corruption au Brésil, voit-on le bout du tunnel ?

Non, absolument pas ! Au contraire, pas plus tard qu'en avril dernier, une nouvelle liste de personnalités impliquées dans cet énorme machine de corruption appelée Lava Jato a été rendue publique : 98 personnes dont 8 ministres, 24 sénateurs, 39 députés.

Sans même compter l'actuel président Michel Temer, cerné par les juges pour avoir – sur enregistrement audio, depuis son bureau présidentiel – donné son accord à un schéma de corruption sophistiqué pour acheter le silence d'un ancien président du parlement.

On en est là et personne ne parvient à comprendre comment le pays va s'en sortir. Je m'explique : dans d'autres démocraties où le même problème de corruption généralisée du système politique s'est posé, comme en Italie, une nouvelle génération s'est levée.

Ce n'est pas le cas au Brésil, où les vieux partis et leurs dirigeants cacochymes continuent de tenter de survivre... Pour la bonne et simple raison qu'à choisir, ils préfèrent se battre en pleine lumière plutôt que de passer leur retraite en prison.

Qu'est-il arrivé à la gauche brésilienne – et au delà sud-américaine – pour se retrouver dans cette situation ? Le constat est terrifiant : du Brésil à l'Argentine en passant par le Vénézuela, partout la gauche s'est fourvoyée.

Après avoir levé des espoirs immenses et engagé des politiques généreuses de redistribution des richesses, elle se retrouve partout impliquée dans de sordides affaires de corruption et/ou de népotisme et de prévarication.

Ou pire, comme au Vénézuela, où au nom de la révolution, on tire sur le peuple. Déjà 90 morts dans les rues de Caracas. Même Evo Morales, en Bolivie, se laisse aller à l'autosatisfaction autoritaire : il vient d'inaugurer sans ciller un musée à sa propre gloire.

Le problème, c'est qu'historiquement, ce type de crises en Amérique du Sud se terminait par un coup d'Etat militaire. Mais là, hormis au Vénézuéla où l'armée est au cœur du problème et donc de la solution, je peux presque rassurer nos auditeurs :

Dans aucun de ces pays, et encore moins au Brésil, les militaires se sont en position d'imposer une dictature. Ils sont durablement hors-jeu – encore une fois sauf au Vénézuéla. Ce qui se passe est au fond plutôt rassurant :

Au Brésil mais aussi en Argentine ou en Colombie, la justice, soutenue par la population, fait son travail. Il suffit donc d'attendre qu'elle en ait finie avec une classe politique corrompue qui finira bien par lâcher prise, ne serait ce que pour ne pas injurier l'avenir.

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