Sur les chapeaux de roue : depuis quarante jours qu'il est au pouvoir, le nouveau Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, ne chôme pas et tente de tourner la page de la Transition, 43 ans après la mort du dictateur Francisco Franco.

Je trouve qu'on ne parle jamais assez de nos voisins du sud, obnubilé que nous sommes par le Brexit et par l'Allemagne, sa puissance économique, son insubmersible chancelière.

Il y a eu bien sûr le rocambolesque épisode catalan. Mais depuis plusieurs mois, c'est à peine si l'on a remarqué que l'Espagne a spectaculairement relevé son économie et qu'elle vient de changer de Premier ministre pour un ambitieux socialiste.

Pourtant, on connaît ça en France, les quadragénaires pressés ! Cette ambition, elle est tout entière résumée dans la une d'hier du quotidien conservateur ABC, qui faisait la longue liste des premières mesures en ajoutant : "Tout cela sans passer par les urnes et avec 84 députés."

La droite espagnole est étourdie par tant d'activisme

Mais ce qui est drôle avec cette liste de mesures, c'est qu'elle puisse choquer 43 ans après la fin de la dictature franquiste et alors que la majorité des Espagnols n'ont même pas connu la Transition vers la démocratie.

On y trouve des choses a priori consensuelles, vu d'ici : "Créer une commission de la Vérité sur les crimes du franquisme", "proposer une alternative aux cours de religion" ou "exiger le consentement exprès avant d'avoir des relations intimes".

Mais il s'agit de l'Espagne, dont le système politique repose sur un accord passé en 1978 entre les franquistes, d'une part, et le reste des forces politiques qui, à l'époque, n'étaient pas légales, d'autre part.

Un accord qu'on pourrait résumer de la façon suivante : silence et amnistie contre démocratie. On a longtemps loué cet accord dit "de transition", qui a permis à l'Espagne d'entrer dans la modernité européenne et démocratique sans coup férir.

Une Transition espagnole qui a trop vieilli

Mais 43 ans plus tard, cet accord est devenu un boulet. Il sanctuarise de véritables anachronismes historiques, impensables ailleurs en Europe.

Par exemple : imaginerait-on en France que la tombe du maréchal Pétain soit située pile sous l'Arc de Triomphe ? Or, en Espagne, la tombe de Franco se trouve au cœur même du monument national aux victimes de la guerre civile.

Imagerait-on en Allemagne un duc d'Hitler ou en Italie un prince Mussolini ? Eh bien en Espagne, la famille Franco a été élevée en 1975 par le roi au rang ducal avec grandesse d'Espagne (l'échelon le plus haut de la noblesse espagnole), en plus.

La Catalogne en voie d'apaisement

La Catalogne a toujours été le signe avant-coureur des ennuis à venir. Et le problème catalan s'est toujours résolu en faisant de la politique, beaucoup de politique. C'est exactement ce qu'a décidé de faire Pedro Sanchez.

Il a reçu il y a quelques jours le nouveau président catalan Quim Torra, ce qui est déjà un événement en soi, et ils ont parlé gros sous. Bref, on est revenu dans une épure que les Catalans et les Espagnols connaissent bien : l'ennui le plus abyssal.

Or, en Espagne comme ailleurs, c'est très efficace l'ennui pour calmer les passions politiques délétères

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