Le président sortant Duda a donc été réélu à la tête de la Pologne. A l'issu d'une campagne particulièrement disputée. Quels sont ses électeurs et que nous disent-ils de la Pologne d'aujourd'hui. Décryptage.

Le président polonais Andrzej Duda, réélu de peu ce 12 juillet
Le président polonais Andrzej Duda, réélu de peu ce 12 juillet © AFP / Benjamin Furst / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

En Pologne, le président sortant Duda l'a donc emporté... mais de très peu...

Moins de deux points séparent les deux candidats de ce second tour de l'élection présidentielle polonaise... Le suspense jusqu'au bout de la nuit, et le pays divisé comme à l'habitude entre l'Est conservateur et catholique et l'ouest, libéral et plus progressiste.

J'allais dire, comme dans toute démocratie que se respecte ! Avec un bon point pour la Pologne et sa résilience démocratique. Jamais on n'avait autant voté que pour cette présidentielle : un peu moins de 70% de participation, c'est du jamais vu !

C'est donc bien qu'il s'est passé quelque chose autour de cette élection qui mobilisé citadins comme provinciaux, Ouest comme Est du pays, Europhiles comme nationalistes, catholiques comme athées. Ce quelque chose, c'est une certaine idée de la Pologne.

Qui sont ceux qui ont voté Duda ?

D'abord et avant tout, ils sont peut-être conservateurs, catholiques et homophobes – voire parfois antisémites – mais ils sont loin d'être stupides : le parti qui les représente, le PIS, en une décennie de pouvoir continu, a obtenu des résultats remarquables.

Le chômage en Pologne a été divisé par deux et tourne autour de 5% ; la grande pauvreté s'est effondrée grâce, notamment, a des programmes sociaux : allocations familiales, augmentations des minima sociaux mais aussi recul de l'âge de la retraite !

Ensuite, les électeurs du PIS se sentent investis d'une mission : celle de préserver l'identité catholique polonaise face à ce qui la menace : à savoir la Russie. Ce n'est pour rien que cet électorat est concentré à l'Est, au plus près des dépendances russes.

Mais pour eux, le danger ne vient pas seulement de l'Est, il vient aussi de l'Ouest avec son libéralisme économique – porté longtemps par le parti d'opposition, la Plateforme civique – et son progressisme. C'est là que s'insinue le pire : la haine de l'homosexuel.

Et l'on retrouve dans l'exposé de cette haine les mêmes inepties qui nourrissaient – et nourrissent encore - l'antisémitisme : le cosmopolitisme, le « complot » visant à affaiblir les valeurs catholiques authentiquement polonaises.

Et ça marche, hier comme aujourd'hui : lorsqu'on demande aux électeurs du PIS de citer un élément de campagne de  leur candidat, le président Duda, ils répondent avec ferveur : l'homosexualité. Mais l'antisémitisme n'est jamais très loin.

L'autre visage de la Pologne

Hier soir, la télévision d'Etat, la TVP, expliquait encore que si M. Trzaskowski venait à remporter l'élection, il se mettrait immédiatement, je cite "au service des exigences juives" et que "des milliards de zlotis leur seraient versés en dédommagements".

Mais il y a de l'espoir : d'abord, le score obtenu par le maire de Varsovie, M Trzaskowski, est remarquable. Il a pris soin d'expliquer, au cours de sa campagne, qu'il n'était pas question de revenir sur les acquis sociaux. C'est l'autre visage de la Pologne.

Il est, par exemple, le premier maire de la capitale à s'être rendu à une gay pride, ce qui – dans le cas de la Pologne - est un véritable acte de courage politique. Or, on sent bien que ce camp-là pousse et finira par l'emporter : encore une élection, monsieur le bourreau.

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