L’Amérique a peur. Ce n’est pas la panique mais depuis l’annonce, lundi, de l’arrestation, d’un jeune Américain, lié à Al Qaïda et suspecté d’avoir préparé un attentat à la « bombe sale », à la bombe radioactive, un sentiment de vulnérabilité renaît aux Etats-Unis. La peur y est même plus profonde qu’aux lendemains du 11 septembre car on croyait alors qu’il suffirait d’aller renverser le régime taliban en Afghanistan pour écarter le danger d’une autre attaque sur le territoire national. Les Etats-Unis sont donc entrés en guerre. Les Taliban ont été vaincus. L’Amérique contrôle, ou presque, l’Afghanistan mais, depuis cette victoire militaire, il y a eu l’affaire des semelles explosives, en décembre, sur le Paris-Miami, puis le camion piégé jeté contre la synagogue de Djerba (19 morts) et, plus récemment, l’attentat de Karachi et ses onze victimes françaises. Ben Laden mort ou vivant, les réseaux d’Al Qaïda continuaient de frapper à travers le monde mais, cette fois-ci, le choc est autrement plus grand pour les Américains. Cette fois-ci, c’est un autre Américain, l’un des leurs, converti à l’Islam en prison et passé par le Pakistan, un type comme tout le monde dont ses voisins se souviennent comme d’un « bon gars » qui aurait pu porter la mort en Amérique et, pire encore, il aurait pu le faire en allant vider les poubelles des hôpitaux, des chantiers ou des instituts de recherche. Depuis lundi, presse, télévision, schémas, interviews de scientifiques, les Américains n’ignorent en effet plus rien des bombes sales. Ce sont des bombes classiques, de simples explosifs d’un genre ou l’autre, mais bourrées de matériaux radioactifs, utilisés à petites doses dans l’industrie ou la santé, théoriquement surveillés mais, en réalité si peu qu’on peut aisément s’en procurer. Non seulement le terroriste était Américain mais les instruments de la terreur étaient là, disponibles, sans besoin d’être introduits aux Etats-Unis. La menace était invisible mais si l’affaire n’avait pas été déjouée, c’était la catastrophe, non pas tant le nombre de morts car une bombe sale n’est pas une bombe atomique, mais la panique, des quartiers entiers à évacuer et reconstruire car on ne sait pas décontaminer - le chaos, tout particulièrement si Washington, la capitale politique, avait été touché. La peur s’installe car même si la Maison-Blanche - la presse en est consciente et le dit - a donné de la publicité à ce projet d’attentat pour redorer l’image des services de renseignement, même si tout était encore à faire pour les terroristes, le simple fait qu’ils aient vu cette possibilité et qu’il y ait des Américains dans les rangs d’Al Qaïda, rend ce scénario vraisemblable. La Maison-Blanche utilise cette affaire mais elle aurait été coupable de ne pas avertir les Américains de ce nouveau danger. Comme l’écrit le New York Times, c’est guerre et politique mélangées et ce cocktail, à la une des journaux, est une bombe en lui-même car il renforce, évidemment, la détermination de Georges Bush à accroître les contrôles policiers à l’intérieur et à développer, à l’extérieur, les stratégies de frappe préventive dont on parlait, hier matin, dans cette chronique.

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