L’Irak a désormais les yeux fixés sur l’Iran. Il les a beaucoup plus encore que d’ordinaire car, vendredi prochain, les Iraniens élisent un successeur à leur Président, au réformateur Mohammad Khatami auquel la Constitution interdit de se représenter au terme de deux mandats successifs, et que le candidat le mieux placé, Hachemi Rafsandjani, a fait d’une réconciliation avec les Etats-Unis, avec la puissance occupante de l’Irak, sa toute première ambition. Il n’est que probable, pas certain qu’il soit élu. S’il l’était, il pourrait ne l’être qu’à l’issue d’un second tour. Cette élection sera très disputée entre un candidat radicalement réformateur, plusieurs ultraconservateurs et ce Talleyrand de la politique iranienne qu’est Hachemi Rafsandjani, enfant du régime islamique, ancien Président de la République, pièce maîtresse du pouvoir clérical mais en même temps fils rebelle de ce pouvoir. La certitude, en revanche, est qu’Hachemi Rafsandjani veut vraiment réconcilier l’Iran et les Etats-Unis. Il le veut car la jeunesse de son pays, toute la population ou presque puisque les trois quarts des Iraniens ont moins de trente ans, n’en peut plus des mollahs, aspire à la liberté, gronde depuis des années et que le seul moyen d’éviter qu’elle ne se révolte serait de lui procurer un minimum de bien-être. Regorgeant de pétrole, l’Iran aurait tous les moyens de le faire mais sa rupture avec les Etats-Unis tient la République islamique à l’écart de l’économie mondiale, l’empêche depuis 26 ans de profiter de cet or et même de moderniser ses puits. La survie du régime, pense Hachemi Rafsandjani, passe donc par la définition d’un modus vivendi avec Washington, par une voie chinoise qui, comme en Chine, permettrait au pouvoir en place de conserver les leviers de commande, de consolider même sa dictature mais en laissant les individus vivre comme ils l’entendent et en restaurant, surtout, les libertés économiques, un marché libre qui pourrait alors, comme le marché chinois, s’intégrer au marché mondial. Si Rafsandjani a de si bonnes chances d’être élu, c’est que beaucoup d’Iraniens sont prêts à accepter ce compromis pour obtenir des réformes en évitant une révolution. Un changement de donne est plus que possible en Iran et, dans le grand jeu qui se chercherait alors avec les Etats-Unis, l’Irak serait au cœur de tous les marchandages. Il le serait car la crise irakienne est de moins en moins un problème entre l’Irak et les Etats-Unis. Elle est de plus en plus irako-irakienne, opposant, d’un côté, les sunnites, grands perdants de la chute de Saddam Hussein et principale force des réseaux de la terreur, et de l’autre, l’alliance formée par les Kurdes et la majorité chiite. Ce qui se joue en Irak, c’est non seulement l’équilibre national entre les deux grandes religions musulmanes mais tout l’équilibre régional entre chiites et sunnites car l’Iran, totalement chiite, et un Irak aux mains de ses 60% de chiites pourraient contrebalancer ensemble le poids de leurs voisins sunnites. Dans l’impasse à Bagdad, les Etats-Unis pourraient être tentés par l’offre que s’apprête à leur faire Hachemi Rafsandjani s’il est élu - un renversement d’alliance, une alliance avec le monde chiite contre le terrorisme islamiste, aujourd’hui devenu essentiellement sunnite et frappant, avant tout, en Irak.

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