Il ne reste plus qu’un seul obstacle : la Pologne où le Président de la République se rend demain. A part elle, tous les pays de l’Union se sont grosso modo ralliés à l’idée de Nicolas Sarkozy de tirer l’Europe de sa panne en adoptant, par voie parlementaire, un « traité simplifié » qui ne reprendrait du projet de Constitution que sa partie institutionnelle. On laisserait tomber le rappel des anciens traités. Si la Grande-Bretagne finit par y consentir, on garderait la charte des Droits fondamentaux et l’on ferait surtout entrer en vigueur l’extension du vote à la majorité qualifiée, l’élection d’un Président de l’Union et la désignation d’un chef de la diplomatie européenne, portant ou non titre de ministre. C’est ce que devrait décider le Conseil européen de la semaine prochaine mais la Pologne, à cette heure, s’oppose à ce projet. Elle le refuse, d’abord, car elle ne veut pas troquer l’actuel système de répartition des voix, celui du traité de Nice, qui lui donne un poids presque équivalent à celui des plus grands pays contre la nouvelle règle d’adoption des décisions à la « double majorité », 55% des Etats représentant 65% de la population européenne. La Pologne ne veut pas entendre parler de ce changement car sa capacité de négociations et d’éventuel blocage en serait diminuée. A ses yeux, l’avantage de l’actuel système lui est acquis et les modifications qu’elle se dit prête à accepter ne sont que minimes. Ce problème compte. « Nice ou la mort », a-t-on entendu au Parlement polonais mais, au-delà de cette question de voix, le vrai blocage est l’idée que la Pologne se fait de l’Europe. Tout juste sortie de l’orbite soviétique, la Pologne est fondamentalement souverainiste et pro-américaine. Elle ne veut ni que des décisions puissent s’imposer à elle par le biais d’une majorité même qualifiée ni que l’Europe dont elle est membre puisse s’opposer aux Etats-Unis et s’affirmer en contre-pouvoir. Pour elle, la sécurité est américaine, l’économie européenne et tout le reste polonais et les jumeaux Kaczynski, le Président et le Premier ministre de la droite au pouvoir, sont tout particulièrement attachés à cette vision. Autant dire que Nicolas Sarkozy aura fort à faire pour les convaincre mais il a quatre atouts en main. Le premier est de ne pas être Jacques Chirac qui avait ulcéré la Pologne quand il avait jugé qu’elle avait perdu une "occasion de se taire" en soutenant la guerre d’Irak. Le deuxième est d’avoir toujours soigné ses relations avec Varsovie. Le troisième est d’incarner une nouvelle droite française, « décomplexée » et réputée américanophile, a priori donc proche des Kaczynski. Et le quatrième est d’être assez carré pour rappeler aux Polonais qu’ils dépendent beaucoup des aides européennes et que la France et la Pologne ont un intérêt primordial à pouvoir défendre ensemble la Politique agricole commune. L’avenir de l’Union se joue largement dans ce voyage.

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