Cela fera tâche, pas seulement bizarre mais aussi choquant. Invité de la République, l’héritier d’un des régimes les plus sanglants du Proche-Orient, le président syrien Bachar al Assad, devrait assister, dans un mois, au défilé du 14 Juillet, jour de fête nationale mais anniversaire, surtout, de la prise de la Bastille, symbole de la fin de l’arbitraire monarchique et de la proclamation de la déclaration des droits de l’homme. Ce qu’on fête, ce jour-là, c’est l’état de droit, principe à l’exact opposé de ce qui règne en Syrie dont le président sera, pourtant, dans les tribunes d’honneur. On pourrait se contenter d’ironiser là sur ce président français dont la campagne électorale promettait de placer les droits de l’homme au cœur de la diplomatie française et qui, après avoir embrassé le colonel Kadhafi et Vladimir Poutine, accorde un tel honneur à un tel dictateur. On pourrait facilement le faire mais, outre qu’il serait absurde de reprocher à Nicolas Sarkozy d’avoir découvert que les relations internationales ont des raisons que la morale ne connaît pas, rien n’est scandaleux dans le cheminement qui mène à cette invitation si déplacée. Nicolas Sarkozy est arrivé à l’Elysée avec l’idée, excellente, de relancer le dialogue entre les deux rives de la Méditerrané, l’Europe et l’autre. Il voulait institutionnaliser un dialogue et une coopération qui devaient et doivent l’être afin que l’Europe contribue à la stabilisation de pays qui sont nos voisins et que nous n’avons qu’intérêt à voir s’enrichir et se développer pour coexister avec eux, commercer et en freiner l’émigration que l’Europe ne peut plus absorber. C’était une bonne idée mais, consciemment ou inconsciemment, l’équipe Sarkozy a plaqué sur elle une autre ambition, celle d’opposer l’influence de la France au Sud au poids de l’Allemagne à l’Est, de jouer ses cartes pour elle-même et non pas pour l’Europe, et Nicolas Sarkozy s’est, alors, heurté à un refus de l’Allemagne qui lui a imposé une européanisation de ce projet, réduit à une bien hypothétique relance du processus de Barcelone, le dialogue qu’entretenaient déjà l’Union et le sud de la Méditerrané. Restait à la France l’organisation du sommet de lancement, le 13 juillet, de ce qui est devenu l’Union pour la Méditerrané et qui ne convainc que peu de pays arabes, divisés par leurs conflits bilatéraux et guère désireux de siéger aux côtés d’Israël. Comment mieux vaincre leurs réticences qu’en invitant leurs dirigeants au 14 Juillet ? Allez hop ! On y va, Syrie comprise, car il fallait l’attirer au sommet et que la France, surtout, avait entre temps décidé de relancer le dialogue avec elle car elle arrondissait les angles au Liban, ouvrait des négociations avec Israël et manifestait un désir de se réconcilier avec les Occidentaux en s’éloignant de l’Iran. Là encore, l’idée était bonne. Si incertain que soit ce pari, la France a raison de le faire mais la diplomatie ne demande pas que des intuitions, si justes soient-elles. Elle exige aussi du temps, de la prudence, des étapes qui ont, en l’occurrence, été brûlées car la diplomatie de Nicolas Sarkozy, c'est tout le problème, manque de maîtrise.

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