Rien n’y a fait. Vladimir Poutine a été élu en mars, réélu pour la troisième fois après un intermède comme Premier ministre. Vladimir Poutine contrôle le Parlement et venait de faire adopter, en urgence, une loi punissant d’une amende supérieure au salaire annuel moyen la participation à des manifestations ayant entrainé des violences.

Contre cet homme-là, rien n’apparaît plus possible mais des dizaines de milliers d’hommes et de femmes sont pourtant descendus hier dans les rues de Moscou pour dénoncer le « voleur » qu’ils l’accusent d’être, exiger son départ et demander l’organisation de nouvelles élections. Cette mobilisation était d’autant plus frappante que les sites des journaux contestataires avaient été bloqués et que de nombreuses figures de l’opposition avaient vu perquisitionner leurs domiciles la veille avant d’être convoquées par la police pour l’heure même du départ de cette manifestation.

Tout avait été fait pour que ce rassemblement n’ait pas lieu ou soit un échec mais ces mesures d’intimidation semblent avoir, au contraire, galvanisé l’opposition qui ne désarme pas depuis les législatives frauduleuses de décembre dernier. Une situation nouvelle se crée en Russie mais à quoi peut-elle mener ?

Contrairement à ce que craint Vladimir Poutine, il est hautement improbable que la Place Pouchkine devienne la place Tahrir ou l’avenue Bourguiba. Ce n’est pas la chute de ce président qui s’annonce là mais l’opposition est en train de s’inscrire dans le paysage politique russe car ce pays a repris sa longue marche vers la démocratie, ouverte par Mikhaïl Gorbatchev lorsqu’il avait libéralisé la presse, autorisé la création de petites entreprises privées et organisé les premières élections pluralistes à la fin des années 80.

L’URSS n’avait pas survécu à cet appel d’air. Elle en avait perdu son empire avant d’éclater. La Russie en était revenue à ses frontières propres. Les Russes qui étaient depuis si longtemps chez eux en Ukraine, dans la Caucase et en Asie centrale en avaient été d’autant plus traumatisés que les privatisations sauvages les avaient dépossédé de richesses nationales qui étaient supposées collectives et que le passage à l’économie de marché avait précipité les retraités dans la misère et mis des millions de salariés au chômage.

Le choc avait été tel que la Russie en était venue à haïr ce qu’on lui présentait comme la démocratie, qu’elle avait aspiré au retour d’un Etat fort et que Vladimir Poutine lui était ainsi apparu comme un homme providentiel. Porté au pouvoir par les services secrets, Vladimir Poutine fut réellement populaire mais, les années passant, une classe moyenne a fini par émerger en Russie.

Elle voyage, connaît le monde, circule sur internet, aspire aux libertés et à la citoyenneté. C’est elle qui est maintenant entrée en révolte et comme c’est elle qui fait tourner l’économie, crée les richesses et constitue l’avant-garde du pays, il sera difficile de la faire taire. Entre le pouvoir et cette opposition, un rapport de force s’établit qui annonce, pour le coup, d’inéluctables évolutions. Elles seront lentes et incertaines mais se produiront car la Russie des villes a déjà changé et que les campagnes suivront, un jour ou l’autre.

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