Les citoyens iraniens sont appelés aux urnes. Ce sera, demain, le premier tour d’une élection présidentielle à laquelle le sortant, Mahmoud Ahmadinejad, ne peut pas se représenter car la Constitution interdit au chef de l’Etat d’exercer plus de deux mandats consécutifs et, surprise, ce scrutin qui pouvait sembler joué d’avance ne l’est absolument plus.

Il y a quelques jours encore, tout semblait assurer la victoire à l’un des quatre candidats du camp conservateur, à l’un ou l’autre des fidèles du Guide suprême, Ali Khamenei, le chef de la superstructure religieuse qui coiffe, en Iran, les institutions républicaines. Cette superstructure, un puissant appareil clérical qui contrôle tout le pays, avait découragé ou invalidé les candidatures de tous les réformateurs et modérés de renom. Même Akbar Hachémi Rafsandjani, un ancien président qui est pourtant un poids lourd de l’appareil clérical avait été empêché de se présenter car il avait eu le tort, en 2009, lors du précédent scrutin, de s’élever contre la répression qui s’était abattue sur les partisans des candidats réformateurs de l’époque.

L’élimination d’une aussi grande figure du régime, avait si clairement signifié que la Guide entendait restreindre la compétition au cercle de ses partisans que l’abstention s’annonçait massive parmi les électeurs modérés ou oppositionnels et qu’aucun des deux candidats réformateurs, des personnalités de second rang, ne pouvait plus, dans ces conditions, avoir la moindre chance.

Tout était plié et puis, en quelques jours, tout a changé. Les quatre candidats conservateurs se sont crus si certains de la victoire de leur camp qu’ils se sont déchirés et étrillés dans les meetings et débats télévisés. On a soudain vu que, même parmi les partisans du Guide, l’intransigeance de l’Iran sur le dossier nucléaire et les sanctions économiques internationales qu’elle a provoquées faisaient autant problème que dans l’opinion. Le conseiller diplomatique du Guide, Ali Velayati, s’en est pris au négociateur chargé de ce dossier, Saïd Jalili, en lui reprochant de tout ignorer de la diplomatie. Le camp conservateur a étalé ses divisions et rivalités de clan et là-dessus, avant-hier, l’un des deux candidats réformateurs s’est retiré, laissant ainsi en lice un seul oppositionnel, le modéré Hassan Rohani contre quatre conservateurs à couteaux tirés.

Tout ce qui compte en Iran, dans tous les milieux, d’opposants au Guide s’est immédiatement rangé derrière cet homme qui avait joué la carte de l’apaisement avec les grandes puissances sous le second mandat du président réformateur Mohammad Khatami. Les opposants sont unis alors que les conservateurs sont éclatés et il n’est plus du tout impossible que Hassan Rohani puisse se qualifier pour le second tour car ce complet changement du paysage électoral a rendu espoir aux électeurs de l’opposition, leur a redonné envie d’aller aux urnes et réveillé une campagne soudain devenue haletante.

Le Guide suprême pourrait bien n’avoir plus d’autre possibilité que de recourir à une fraude massive comme en 2009 mais avec des partisans divisés, une situation économique catastrophique et l’usure de ce régime que le pays rejette, il jouerait alors avec le feu. L’Iran redevient un point d’interrogation.

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