jean-claude juncker défend sa candidature à la tête de la commission
jean-claude juncker défend sa candidature à la tête de la commission © reuters

C’est une sorte de miracle, mais c’est un fait. Après s’être engagé, durant toute leur campagne, à porter à la tête de la Commission le chef de file du parti qui aurait obtenu le plus de voix aux élections européennes, les députés élus le 25 mai au Parlement de Strasbourg s’en tiennent à cette position malgré sa fragilité et malgré les pressions exercées sur eux.

Si l’un des grands partis paneuropéens, gauche, droite, gauche de la gauche, Verts ou centristes, avait obtenu la majorité absolue seul ou coalition, tout aurait été facile pour eux. Ils pourraient dire qu’il y a un clair mandat donné par les électeurs de l’Union et que le Conseil européen, l’assemblée des 28 chefs d’Etat et de gouvernements, ne peut donc proposer personne d’autre aux commandes de la Commission que la personne qui avait conduit ce parti majoritaire à la victoire. Le problème est qu’aucun de ces partis n’a obtenu la majorité absolue et que les 28 dirigeants nationaux sont donc fondés à dire qu’il leur revient de trouver, comme d’habitude, un candidat de compromis auquel le Parlement devrait se rallier.

Le Conseil est en situation de garder la main mais, dans une unanimité jamais vue et transcendant les clivages politiques, le Parlement lui rétorque que, non, pas du tout, les conservateurs sont arrivés en tête du vote, avec une majorité relative mais une majorité, et que c’est donc à leur chef de file, Jean-Claude Juncker, que la présidence de la Commission doit revenir. La droite européenne l’a réaffirmé hier. Tous les autres partis, y compris la gauche de la gauche, la soutiennent au nom de la démocratie et tous menacent, en bloc, de refuser leur investiture à toute autre personne que l’ancien Premier ministre luxembourgeois.

Cette exigence démocratique devient grosse d’une crise institutionnelle dans l’Union et ce bras de fer est révélateur de deux choses, tout aussi fondamentales l’une que l’autre. La première est que le Parlement veut s’assurer le contrôle de la Commission en la faisant procéder de lui, c’est-à-dire du suffrage universel, indirect mais universel, afin de s’affirmer face aux dirigeants nationaux et à leur Conseil. Ce qui se joue là n’est rien d’autre que l’éternelle bataille entre les deux grandes conceptions de l’Union, l’Europe communautaire à vocation fédérale et l’Europe des nations, celle qui a aujourd’hui triomphé puisque ce sont désormais les dirigeants nationaux qui décident à Bruxelles.

Ce sont ces deux Europe qui s’affrontent là mais cette bataille révèle aussi la vraie ligne de fracture qui partage maintenant l’Union entre les libéraux d’une part, conduits par les Britanniques, et toutes les autres forces, de l’autre, à l’exception des extrêmes-droites mais y compris la droite sociale et fédéraliste conduite par les démocrates-chrétiens. Entre adversaires et partisans de la nomination de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission, ce sont ces deux camps qui se font face et c’est pour cela que la France socialiste, comme la gauche de la gauche, soutient ce démocrate-chrétien que les Britanniques dénoncent comme la peste et que Mme Merkel est écartelée entre son appartenance à la démocratie chrétienne et son souci de ménager les Britanniques par crainte de se retrouver en tête-à-tête avec la gauche française.

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