Où l'on voit comment la mort d'un pêcheur du Rif met le royaume chérifien dans la rue...

Manifestation du mouvement dans le Rif marocain "Hirak" , à Al Hoceima le 11 juin 2017
Manifestation du mouvement dans le Rif marocain "Hirak" , à Al Hoceima le 11 juin 2017 © AFP / Fadel Senna

C’est l’un des pays étrangers que les Français aiment le plus.

Ce Maroc où Emmanuel Macron est attendu demain pour une visite de 48 heures est un inextricable mélange de monarchie toute puissance et fastueuse, de réel pluralisme politique et de libertés subtilement négociées avec le Palais – libertés de la presse, du Parlement et des partis qui ont toutes des limites à ne pas franchir mais n’en sont pas moins, avec celles de la Tunisie, les plus grandes des monde arabes.

Le Maroc et la France : une relation privilégiée

Des temps du Protectorat, le Maroc a gardé des liens économiques, politiques et culturels avec la France qui ne se sont jamais distendus et ont été, au contraire, approfondis par la multiplication des mariages mixtes, franco-marocains.

L’amitié que la France ressent pour ce pays est totalement réciproque et même ombrageuse car les Marocains acceptent mal que les Français soient aussi très attentifs à améliorer leurs relations avec l’Algérie qui n’est pas en bons termes avec le Maroc. Il est donc logique et sage qu’Emmanuel Macron n’ait pas tardé à se rendre à Rabat mais c’est un pays aujourd’hui sous tension qui le recevra.

Les manifestations de rue se multiplient au Maroc

Chaque jour, une contestation du pouvoir y grandit depuis que dans le Rif, au Nord du pays, un pêcheur a trouvé, fin octobre, une mort atroce, happé et broyé vivant par les dents d’une benne à ordures.

Mohcine Fikri venait d’être contrôlé par la police.

Il n’aurait pas dû pêcher l’espèce qu’il vendait. La police saisit son étal et jette tout dans une benne. C’était son gagne-pain. Il veut le rattraper en plongeant un bras vers ses poissons mais la benne tourne et, via les réseaux sociaux, cette scène filmée sur le téléphone d’un passant saisit d’horreur tout le pays et met le Rif en ébullition.

Le Rif : l’une des régions berbères du royaume marocain

Dans la premières moitié des années 1920, le Rif s’était révolté contre les colonisations espagnole et française.

Après l’indépendance, il avait à nouveau pris les armes contre le pouvoir central qui l’en avait puni en laissant toute la région à l’abandon.

Depuis la mort d’Hassan II et l’avènement de son fils, Mohammed VI, l’actuel souverain, cet ostracisme a pris fin mais le Rif connait toujours un retard dramatique et la mort de Mohcine Fikri y a si bien réveillé toutes les rancœurs que la région en est à sept mois de révolte, pacifique mais qui ne se dément pas.

La "hirak"

Ce mouvement a un nom, « la hirak » - la mouvance – et, devant son ampleur, le pouvoir fait tout et son contraire, promettant investissements et plans de développement mais arrêtant en même temps les meneurs, dénoncés et inculpés comme coupables d’atteinte à l’intégrité du royaume.

Alors les mois passant, les Rifains sont devenus les héros de tous ceux des Marocains qui ne supportent plus la coexistence d’une pauvreté de masse et d’une poignée de grandes fortunes. Dimanche, à Rabat, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé, au cri de « Liberté, dignité, justice sociale ! ».

La classe politique se divise. Ce n’est pas une révolution mais, oui, c’est une révolte.

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