La Présidente de Taiwan utilise les images des pressions chinoises à Hong Kong pour mobiliser les Taiwanais contre la réunification proposée par Pékin. Un « cadeau » inespéré alors que son parti est en difficultés.

Des affrontements violents ont éclaté hier à Hong Kong, entre les policiers anti-émeutes et des manifestants opposés au projet de loi permettant les extraditions vers la Chine.
Des affrontements violents ont éclaté hier à Hong Kong, entre les policiers anti-émeutes et des manifestants opposés au projet de loi permettant les extraditions vers la Chine. © AFP / ISAAC LAWRENCE / AFP

S’il est un endroit au monde où les événements de Hong Kong sont scrutés de près, c’est bien Taiwan, l’île revendiquée par Pékin. Les images de violence qui se sont produites hier autour du Parlement de Hong Kong, et les manifestations de masse des derniers jours, font l’effet d’un repoussoir pour une éventuelle réunification avec la Chine continentale.

Dimanche, alors qu’un million de personnes défilaient à Hong Kong, la Présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen, tweetait son soutien aux manifestants, et ajoutait cette phrase : « Tant que je serai Présidente, ‘Un Pays, deux systèmes’ ne sera jamais une option ».

« Un Pays, deux systèmes », c’est la formule qui est censée garantir l’autonomie de Hong Kong au sein de la République populaire de Chine pour 50 ans, jusqu’en 2047. Mais les manifestants hongkongais estiment que ce statut est sans cesse grignoté par Pékin, notamment par cette loi sur les extraditions vers la Chine qui provoque la crise actuelle.

Pékin a proposé à Taiwan, séparé de la Chine continentale depuis 1949, de regagner la « mère patrie » avec ce statut autonome.

Les 23 millions de Taiwanais sont majoritairement attachés au statu quo, c’est-à-dire une zone grise dans laquelle leur île est, de fait, indépendante, mais seulement reconnue par une poignée d’États. La proclamation d’une véritable indépendance serait un casus belli pour Pékin, et Taiwan ne franchira pas cette ligne rouge tant que la Chine ne la menace pas directement.

En réagissant aux images de Hong Kong, la Présidente taiwanaise a une arrière-pensée : une élection présidentielle difficile est prévue en février prochain, et Mme Tsai montre du doigt Hong Kong avec comme message subliminal à ses électeurs : voilà ce qui vous menace si vous choisissez mes rivaux.

D’une élection à l’autre, les Taiwanais, qui bénéficient d’une véritable démocratie, alternent entre deux grandes familles politiques, l’une, actuellement au pouvoir, plus favorable à l’indépendance ; l’autre historiquement plus proche de la Chine, sans pour autant réclamer la réunification. C’est ce choix qui sera de nouveau remis en jeu en février 2020.

Les événements de Hong Kong servent donc la Présidente de Taiwan, qui sait que les menaces sur l’autonomie de Hong Kong sont son meilleur argument électoral, alors qu’elle a subi des revers à de récents scrutins locaux.

La Chine se tire donc une balle dans le pied vis-à-vis de Taiwan dans sa politique hongkongaise : la mère patrie n’est pas très attirante.

Mais les dirigeants chinois savent sans doute qu’ils n’arriveront jamais à convaincre les Taiwanais avec « Un pays, deux systèmes ». Ils misent plutôt sur une pression permanente, économique, politique, diplomatique, et, potentiellement, militaire. Ils espèrent voir Taiwan tomber un jour dans leur escarcelle comme un fruit mur, avant les cent ans de la Chine populaire en 2049.

Les événements de Hong Kong sont donc un moment important aussi pour cet autre lieu explosif qu’est Taiwan.

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