Au Proche-Orient, le ciel s’éclaircit. La paix reste lointaine, ses perspectives incertaines et fragiles mais, tandis que les pays arabes confirment leur volonté d’œuvrer à un règlement global, la gauche israélienne vient, à la base, de renaître de ses cendres. Samedi soir, à Tel Aviv, quatre jours seulement après les 15 morts de l’attentat de Rishon le Tzion, malgré ce nouvel attentat, ils étaient des dizaines de milliers, 50 000 selon la police, le double selon les organisateurs, une énorme foule compte tenu de la taille du pays, à manifester pour le retrait des Territoires occupés. Ils étaient là pour défendre une idée, un seule, la paix. « Deux Etats pour deux peuples », disaient leurs banderoles. C’était l’une des plus grandes manifestions de l’histoire israélienne, de très loin la plus grande depuis le début de la seconde Intifada dont le lancement avait mis la gauche en porte-à-faux. Depuis septembre 2000, le camp de la paix n’existait plus, marginalisé, naufragé, mais il a fait là son retour et pas seulement dans la rue. Les sondages, aussi, marquent ce tournant puisque, parallèlement, logiquement, 63% des Israéliens estiment désormais que des pourparlers de paix sont nécessaires pour venir à bout du terrorisme et que 59% d’entre eux veulent que leur pays se retire unilatéralement des Territoires occupés. Il faut remonter dix neuf mois en arrière pour retrouver une opinion aussi nettement en faveur de la paix et, là non plus, ce n’est pas un hasard. De même qu’il y a deux ans la paix était à portée de main, elle redevient aujourd’hui crédible, moins qu’elle ne l’était il y a deux ans mais à nouveau possible. Elle le redevient pour trois raisons. La première est que les Palestiniens n’ont rien gagné à l’épreuve de force. La seconde est que les Israéliens, si victorieux soient-ils, voient bien que la force seule ne fera pas cesser le terrorisme et que pour vivre en paix, il faut faire la paix. La troisième, la plus décisive, est que l’Arabie saoudite s’est décidée à promouvoir un règlement, qu’elle le fait parce que la monarchie saoudienne et tous les régimes arabes craignent d’être emportés par cette guerre et que le prince Abdallah a, donc, conclu un marché avec les Américains. Vous empêchez la droite israélienne, a-t-il dit à Georges Bush, d’aller trop loin, vous calmez le jeu avec Sharon et nous le faisons-nous avec Arafat en pesant de tout notre poids pour un arrêt des attentats et la reprise de pourparlers. Pour l’instant, ca marche. Les attentats, on l’a vu, n’ont pas cessé et ne cesseront pas du jour au lendemain mais les Américains ont obtenu la libération d’Arafat, empêché Ariel Sharon d’envahir Gaza en représailles aux 15 morts de mardi et samedi soir, à l’heure même de la manifestation de Tel-Aviv, les dirigeants égyptien, saoudien, jordanien et syrien condamnaient ensemble « la violence sous toutes ses formes » et exprimaient leur souhait « sincère » de signer la paix avec Israël. « Encourageant » a fait dire Ariel Sharon avant de se faire mettre en minorité par le Comité central de son propre parti, le Likoud, qui a unanimement pris position, hier soir, contre la création d’un Etat palestinien. Israël s’ouvre, la droite se braque. Ariel Sharon a besoin de la gauche.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.