Il y a plusieurs manières de dire « non ». On peut le faire amicalement ou brutalement et c’est très poliment, sans jamais hausser le ton que, par le voix de son ministre des Affaires étrangères, la France a dit, hier, « non » aux Etats-Unis, un « non » catégorique et total à leur projet de résolution sur l’Irak. Qu’on en juge. Dans le texte qu’ils ont proposé vendredi dernier au Conseil de sécurité, les Etats-Unis demandent un véritable mandat sur ce pays, un blanc seing pour le gérer comme ils l’entendent, et Dominique de Villepin, dans son interview au Monde, le leur refuse d’emblée, suggérant, au conditionnel, qu’ils pourraient, plutôt, « transmettre des rapports réguliers à l’Onu, tous les trois mois par exemple » sur l’action qu’ils mèneront en Irak. Alors que le texte américain propose la nomination d’un simple « coordinateur » des Nations-Unies à Bagdad, le ministre des Affaires étrangères trouve cette idée « trop imprécise et trop timide » et indique qu’il faut « s’entendre sur la mission et le rôle exact de ce représentant de l’Onu » - en clair, en faire un acteur et non pas un figurant. Tandis que les Américains réclament les mains libres pour douze mois renouvelables, Dominique de Villepin observe que le Conseil de sécurité ne peut « se déposséder ni de ses responsabilités ni de ses prérogative » et que « la formule de reconduction automatique n’est sans doute pas la plus adaptée ». Ce n’est pas tout. Alors que les Etats-Unis entendent se faire garantir une « immunité », c’est leur mot, dans leur gestion des ressources pétrolières irakiennes, le chef de la diplomatie française remarque que « cela pourrait poser un problème », qu’on « ne peut laisser place aux suspicions » et qu’il faut donc, là, « des règles de répartition précises » et « une gestion placée sous contrôle international ». Pour ce qui est, enfin, de l’organisation de la transition politique en Irak, Dominique de Villepin estime non seulement que seules les Nations-Unies peuvent conférer une légitimité internationale à une administration provisoire irakienne mais que c’est elles qui devront veiller, ensuite, à la mise en place d’un gouvernement élu. C’est autrement dit « non » à la simple « aide de l’Onu » (formulation américaine) à la formation d’une autorité intérimaire - « non » sur ce dernier point comme sur tous ceux qui précédent car le projet américain ne saurait être, dit le ministre français, qu’une « base de départ ». Si courtoisement que cela soit exprimé, la France se refait ainsi porte-parole de l’opposition aux Etats-Unis, force de contestation, meneur, dit tout haut, et en premier, ce que tant d’autres pensent tout bas mais ne se prépare, pour autant, pas à une nouvelle épreuve de force. Il n’y a pas de menace de veto dans l’air car, plutôt que de se faire accuser d’empêcher la si périlleuse et incertaine normalisation de l’Irak, la France préfère être celle qui aura mis en garde au nom du bien commun. Si elle n’est pas entendue, ce qui sera le cas si les Etats-Unis n’amendent pas leur projet, la France, principes rappelés, s’abstiendra, ne jettera pas d’huile sur le feu car ce ne serait, aujourd’hui, l’intérêt de personne.

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