Subtilement ironique, un titre barrait la une, hier, du grand quotidien Kommersant. « Comment le nouveau Premier ministre, lisait-on, réalisera le programme de l’ancien président ». Le nouveau Premier ministre, investi la semaine dernière, c’est Poutine. L’ancien président, c’est aussi Poutine. On ne pouvait mieux dire que le pouvoir, c’est toujours Poutine et son successeur, Dmitri Medvedev, le nouveau président, n’a rien fait pour dissiper cette impression en expliquant aux députés que le « tandem » qu’il formerait avec lui ne ferait que se renforcer au fil du temps. Tout laisse, décidément, penser que Vladimir Poutine a respecté la lettre mais non pas l’esprit de la Constitution qui lui interdisait de briguer un troisième mandat de suite, qu’il n’a fait qu’installer un figurant au Kremlin, un intérimaire qui lui permettra de se représenter dans quatre ans sans jamais avoir abandonné les manettes. Il y a quinze ans que Dmitri Medvedev travaille dans son ombre. Il est de douze ans son cadet, poupin, modeste, et tous les gens de pouvoir, surtout, dans la politique comme dans les affaires, doivent leur position au président sortant qui contrôle ainsi tous les rouages de la Russie. Tout cela est vrai mais peut-être a-t-on tort de tant se focaliser, à Moscou comme à l’étranger, sur les rapports entre ces deux hommes. Plutôt que de supputer à l’infini sur l’avenir de leurs relations, peut-être devrait-on s’en tenir aux faits. Le premier est que, artifice ou pas, Vladimir Poutine a respecté les formes en ne violant pas ouvertement la Loi fondamentale. Le deuxième est qu’il n’a pas intronisé un clone, un enfant, comme lui, du KGB, mais un juriste, courtois, fin, retenu, qui ne se laisse jamais aller, contrairement à lui, à un écart de langage, un fils d’intellectuels qui ne cesse d’insister, à chaque occasion, sur l’importance des libertés et du droit et n’a jamais, parlé, lui, de la « dictature de la loi ». Il y a des conclusions à en tirer. Si Vladimir Poutine n’a pas modifié la Constitution à son profit, c’est qu’il y avait assez de gens, au sein même du pouvoir, de l’oligarchie en place, pour ne pas souhaiter qu’une autocratie s’enracine en Russie. Plus important encore, si c’est un Medvedev auquel on a confié la présidence, c’est que ses manières, sa formation, sa personnalité correspondent aux besoins de l’heure. Après l’affaissement national dont la Russie avait été victime durant les années Eltsine, il fallait un homme à poigne, d’ailleurs souhaité par la population, pour recréer un Etat et rétablir le pays. Cela a été fait, et sans gants, brutalement, mais la Russie a désormais besoin de faire moins peur, d’inspirer confiance aux investisseurs, russes et étrangers, de pouvoir elle-même investir hors de ses frontières et ce nouveau président si policé est l’homme de la situation. Tout dit que la Russie voudrait arrondir, aujourd’hui, ses angles et la vraie question est de savoir si ce tandem y parviendra.

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