Les Cairotes s’en lamentent à l’avance. A la seule idée des embouteillages, des rues bloquées, de la pagaille que provoquera la venue de Barack Obama dans leur ville, le 4 juin, les plus riches parlent déjà d’un week-end à l’étranger, les autres de ne pas sortir de chez eux ce jour-là mais, en fait, ils sont fiers. Ils sont extrêmement fiers que le président des Etats-Unis, un homme qu’ils aiment autant qu’ils avaient détesté Georges Bush, ait choisi leur pays pour venir s’adresser au monde arabe et lui présenter son plan de paix pour le Proche-Orient. A leurs yeux, l’Amérique reconnaît ainsi la centralité de l’Egypte, confirme son rôle de chef de file régional, mais qu’en pensent-ils, sur le fond ? Croient-ils vraiment que Barack Obama pourrait mettre terme à ce conflit de plus de 60 ans avec son idée d’un grand deal, de la création, d’un côté, d’un Etat palestinien et de la reconnaissance d’Israël, de l’autre, par l’ensemble des pays musulmans ? Non, ils n’y croient pas. Au coin de la rue, ceux qui connaissaient, déjà, les grandes lignes de ce plan comme ceux qui les découvrent dans la question d’un journaliste français sont totalement sceptiques car « Pourquoi voudriez-vous, répond un petit commerçant, qu’Israël veuille la paix ? Nous sommes si faibles et désunis qu’ils n’ont rien à craindre de nous. Ils sont très bien comme ils sont, poursuit-il, et ne prendront pas de risque ». Les termes sont souvent plus crus, les Juifs ceci, les Juifs cela, mais le sentiment est profond que les Israéliens seraient trop sûrs de leur force pour envisager un compromis, même s’ils y gagnaient la reconnaissance de leur Etat. Dans les allées du pouvoir, en revanche, le sentiment est tout différent. « Comment pourrions-nous ne pas nous réjouir, répond un responsable de haut rang ? L’Amérique admet enfin ce que nous lui disions depuis si longtemps, qu’on ne peut pas avoir raison du terrorisme tant que la question palestinienne ne sera pas résolue. C’est un tournant. Tout peut changer et puis, voyez-vous, ajoute-t-il, Barack Obama dit ce qu’il pense et pense ce qu’il dit. Il a compris et déclaré que la création d’un Etat palestinien était dans « l’intérêt national » des Etats-Unis. Son administration vient de soulever la question du nucléaire israélien. Il est aussi populaire. Il a les moyens de faire bouger les choses. Ca peut marcher ». Entre le scepticisme de la rue et le relatif optimisme du pouvoir, il y a un point commun : Obama, son charisme et l’adhésion qu’il suscite. Dans cette partie, c’est Barack Obama qui sera le facteur décisif mais un homme peut-il faire l’histoire ? Le débat est ancien mais il le peut, oui, s’il sait se saisir, comme il le veut, d’une nouvelle donne, de ce désir, en l’occurrence, des régimes arabes de ne plus laisser l’Iran et les réseaux islamistes prospérer sur le terreau palestinien. La partie n’est certainement pas jouée mais elle n’est pas injouable.

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