Lentement mais de plus en plus sûrement leur compétition s’organise. A un an de la prochaine présidentielle russe, Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine sont maintenant engagés dans une guérilla qui tourne à un affrontement ouvert largement commenté à Moscou par la presse et les milieux politiques. Le dernier épisode remonte au week-end dernier, lorsque l’ancien président devenu Premier ministre faute de pouvoir briguer un troisième mandat consécutif a soudainement annoncé la création d’un « Front populaire ». Russie unie, le parti du pouvoir, doit désormais s’ouvrir à d’autres mouvements, associations, syndicats et ONG, a-t-il déclaré en constituant par là ce qui est aussitôt apparu comme la structure sur laquelle il entendait appuyer une candidature qu’il n’a jamais exclue mais jamais déclaré non plus. L’objectif était évident et il n’a fallu que trois jours pour qu’il soit pratiquement confirmé par un responsable de Russie Unie qui vient de préciser que ce Front populaire pourrait présenter au printemps prochain un candidat dont il n’a pas indiqué le nom mais dont l’identité ne pouvait échapper à personne. Dmitri Medvedev, le président en place, était ainsi placé devant le fait accompli d’un démarrage de campagne de Vladimir Poutine. Il lui était aussi difficile de ne pas réagir que de précipiter à son tour une candidature et d’avouer par là qu’il avait été pris de court par son rival et courrait après lui. Il ne lui fallait ni perdre de temps ni faire de faux pas et il a donc pris de la hauteur, celle de ses fonctions, en se posant en garant des libertés politiques et des intérêts supérieurs du pays. « Mon objectif est de veiller à ce que la législation électorale crée une concurrence nécessaire », a-t-il rétorqué en expliquant qu’il comprenait les motifs de Russie unie qui « veut conserver, a-t-il dit, son influence », qu’il s’agissait là de la création d’une « alliance préélectorale » mais qu’elle serait accompagnée par la création « d’autres alliances » et que le système politique n’aurait de solidité que si les règles du jeu étaient respectées entre elles. Dmitri Medvedev qui, lui non plus, n'exclue plus de se présenter en 2012 n’est pas allé jusqu’à dire qu’il le ferait. Pas plus que Vladimir Poutine, il n’est pas officiellement entré dans l’arène mais, en indiquant qu’il ne laisserait pas le Premier ministre bénéficier d’un monopole, il s’est clairement posé en alternative. On n’en est ainsi plus du tout aux temps où ce jeune président ne semblait être que la marionnette de son prédécesseur, seulement chargé de lui chauffer la place en attendant qu’il puisse repartir à la conquête du Kremlin. Un petit caillou après l’autre, d’une déclaration à l’autre, Dmitri Medvedev s’est forgé une image, celle d’un homme attaché à l’Etat de droit, ennemi déclaré de la corruption, défenseur de l’indépendance de la Justice et décidé à faire de la Russie un pilier du monde occidental en la rapprochant de l’Union européenne et des Etats-Unis. Il faut croire que ce positionnement a un écho dans l’opinion russe car les maîtres mots de Vladimir Poutine sont devenus ouverture, innovation et modernité. La bataille qui se prépare sera rude.

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