Ce n’est pas un pays qu’on associe naturellement à l’idée d’élections mais on vote pourtant en Iran et deux poids lourds, l’un libéral, l’autre conservateur, sont entrés en lice ce week-end pour le premier tour de la présidentielle qui aura lieu dans un mois demain, le 14 juin.

Très nombreuses, les candidatures doivent encore avalisées par une instance à la main du clergé et de son Guide suprême, le Conseil des gardiens de la Constitution, qui a maintenant dix jours pour se prononcer. Cela relativise beaucoup la liberté de se scrutin dont les résultats ne seront, qui plus est, pas forcément plus sincères qu’ils ne l’avaient été en 2009, lorsque la fraude avait écarté un réformateur au profit du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, à l’époque protégé du Guide. Ces élections ne seront, autrement dit, pas exactement ce que désigne ce mot mais leur importance n’en est pas moins capitale pour deux raisons.

La première est qu’entre son programme nucléaire et la crise syrienne, l’Iran est au cœur aujourd’hui des deux imbroglios les plus menaçants pour la stabilité internationale. S’il ne renonce pas à sa marche vers la bombe dont il sera bientôt à même de se doter, il n’est plus impossible que les Etats-Unis se résolvent à bombarder les sites souterrains sur lesquels il la met au point ou, plus vraisemblablement, à donner leur feu vert à une intervention israélienne. La tension régionale et l’envolée des prix du pétrole qui en résulterait auraient alors des répercussions mondiales et, dans l’immédiat, le pouvoir iranien a la clé de la crise syrienne car ce n’est que grâce à son appui que le régime de Bachar al-Assad survit à une insurrection que les Occidentaux se refusent à armer.

D’où l’enjeu, seconde raison de son importance, que constitue cette présidentielle dont le déroulement et les résultats reflèteront au minimum, traduiront peut-être, les rapports de force et les évolutions en cours à Téhéran qui sont, pour l’heure, très difficiles à évaluer. Où en est la société iranienne dont les immenses manifestations de protestation après l’élection truquée de 2009 avaient été brisées par la répression mais qui avaient anticipé le printemps arabe et exprimé l’aspiration démocratique d’un pays jeune, moderne et rejetant aujourd’hui la théocratie ? Est-ce que les conséquences des sanctions économiques internationales ont étendu ou pas le mécontentement de la jeunesse urbaine aux couches populaires qui étaient restées largement à l’écart du mouvement vert en 2009 ? Est-ce que le Guide suprême a encore les moyens de contrôler une campagne électorale alors que même Mahmoud Ahmadinejad, le président sortant auquel la Constitution interdit de briguer un troisième mandat consécutif, a maintenant rompu avec lui ? Et est-ce que cette campagne électorale peut ou non préfigurer une évolution de la diplomatie iranienne ?

On ne connaît pas les réponse mais il est d’ores et déjà frappant que ce fin connaisseur de la scène iranienne qu’est Akbar Hachémi Rafsandjani, ancien président dont la rupture avec les conservateurs est consommée, ait décidé de se présenter contre Saïd Jalili qui apparaît comme le candidat du Guide. Tout pronostic serait hasardeux mais c’est une vraie bataille qui s’amorce.

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