Comme tous les europhobes dans bien d’autres pays de l’Union, le Front national a le vent en poupe. Il pourrait bien sortir premier parti de France des élections européennes. Il y progressera spectaculairement en tout cas et Mme Le Pen se voit donc déjà former un groupe au Parlement de Strasbourg, réunissant les élus des autres partis nationalistes et à même, espère-t-elle, d’arrêter ce qu’elle appelle « la machine folle » de l’Union européenne.

Elle peut y arriver. Ce n’est pas gagné d’avance car il lui faudrait coaliser, pour cela, des élus venant de sept pays différents alors qu’il n’y a, pour l’instant, que cinq autres partis nationalistes prêts à s’allier au FN mais elle peut y arriver et que se passerait-il alors ?

Mme Le Pen serait d’abord prise à ses propres contradictions car, si son ambition est bien ce qu’elle disait hier à l’AFP, si elle veut batailler, à Strasbourg, « pour changer les majorités » et, notamment, bloquer le projet de traité transatlantique en faisant front commun avec les eurosceptiques et la partie de la gauche qui y est opposée, elle devra faire comme tout le monde au Parlement européen et dans toute vie politique, passer des compromis, nouer des alliances et prouver ainsi que, contrairement à ce qu’elle dit, on peut changer les choses dans l’Union à la seule condition d’y changer les majorités.

Il serait assez paradoxal que ce soit les europhobes qui administrent ainsi la preuve de ce que les partisans de l’unité européenne ont tant de mal à faire entendre contre ses adversaires. Ce ne serait paradoxalement pas une mauvaise chose car on verrait alors que, non, l’Union n’est pas une dictature à abattre mais un ensemble de pays unis pour être plus forts à 28 qu’en ordre dispersé et dont les politiques ne sont pas dictées par des technocrates non élus mais par la majorité des dirigeants démocratiquement élus dans chacun des Etats membres et qui doivent obtenir l’aval des parlementaires européens pour faire appliquer leurs décisions par la Commission.

Si Mme Le Pen est prête à contribuer, même à son corps défendant, au rétablissement d’une vérité des faits qu’elle s’acharne à tant maquiller, se dirait-on presque, eh bien tant mieux ! Qu’elle forme son groupe et se démente elle-même mais le problème est que la présidente du FN a une plus vaste ambition.

Elle veut « déconstruire l’Union soviétique européenne » et compte bien que la progression des partis nationalises l’y aidera en contraignant « l’Union européenne à mettre la pédale sur le frein ». Or là, elle n’a pas tort.

De même que le rejet du projet de Traité constitutionnel a totalement inhibé les dirigeants européens qui n’osent plus parler, depuis, d’aller vers une union politique de l’Europe, le vote nationaliste risque fort d’enterrer pour longtemps les projets d’harmonisation fiscale et sociale et de transformation de la zone euro en une avant-garde politique de l’Union.

On risquerait ainsi d’en rester à un statu quo devenu insoutenable et d’aller, par là, vers un délitement de l’Union qui affaiblirait inéluctablement ses nations, leur protection sociale et leur position internationale. Le danger est là. Les électeurs ne peuvent pas l’ignorer. C’est eux qui choisiront.

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