La polémique autour des deux touristes français au Bénin se trompe de cible. La question est de savoir comment stopper l’extension des zones d’instabilité dans cette partie de l’Afrique, et le tourisme peut faire partie des solutions.

Patrick Pique, l’un des deux otages français libérés, à son arrivée à Paris samedi, à bord d’un avion spécial.
Patrick Pique, l’un des deux otages français libérés, à son arrivée à Paris samedi, à bord d’un avion spécial. © AFP / FRANCOIS GUILLOT / POOL / AFP

La mort des deux militaires français lors de l’opération de libération des otages, a rendu l-es polémiques inévitables. Le prix à payer n’est-il pas trop élevé pour ce que le Ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a qualifié d’« imprudence » des touristes ?

Le ministre est sans doute allé trop loin ; mais, surtout, la question est mal posée. Certes, chaque voyageur doit être rappelé à la responsabilité dans des zones d’insécurité ; mais on n’a pas affaire ici à un tourisme de guerre assez malsain qui existe ailleurs. Non, le Bénin était, et reste largement un pays paisible, et le site du Consulat du Bénin proclame toujours ce matin que « si vous vous sentez une âme de pionnier, il faut aller à la découverte du Parc national de la Pandjari ».

Le tourisme, dans cette affaire, est certes la cause de cet incident précis, mais il peut aussi être la solution, ou une partie de la solution. Fermer des régions entières au tourisme, bien souvent la seule ressource possible pour les populations, laisse de fait le champs libre aux groupes djihadistes ou mafieux qui se nourrissent de l’abandon.

Dans les années 1990, une révolte des populations touareg de la bande sahélienne s’était conclue par un accord politique. Mais il fallait aussi un volet économique, et un voyagiste français audacieux et visionnaire, Maurice Freund, avait monté des circuits touristiques dans ces paysages extraordinaires du Mali et du Niger. Le fondateur du Point Afrique avait recruté des centaines d’anciens rebelles touareg comme chauffeurs, cuisiniers, ou guides, apportant des ressources nécessaires pour faire revivre des régions déshéritées.

Maurice Freund croyait en un tourisme non prédateur, basé sur la rencontre et l’échange, pas une bulle occidentale en goguette. Des milliers de Français ont ainsi arpenté ces régions qui sont aujourd’hui en « zone rouge » sur la carte du Quai d’Orsay.

Mais il a du tout arrêter lorsqu’une nouvelle vague d’insécurité a commencé à toucher la zone. Ses salariés africains se sont retrouvés sans rien, et Maurice Freund confiait il y a des années déjà, son désespoir de les voir happés par la nébuleuse djihadiste. Aujourd’hui, le Point Afrique n’a plus qu’une seule destination, la Mauritanie, sécurisée par les armées française et mauritanienne.

Le reste de la zone sahélienne semble au contraire s’enfoncer dans l’insécurité. Ce que montre l’affaire des otages, mais aussi l’attaque meurtrière hier d’une église dans le nord du Burkina Faso, faisant six morts, c’est que le périmètre de l’instabilité ne cesse de s’élargir. 

L’intervention militaire avait été efficace en 2013 pour chasser les groupes djihadistes du nord Mali. Mais les accords politiques et la reconstruction d’un État inclusif n’ont pas suivi, et le Mali ne parvient pas à sortir de l’engrenage de la violence, et ses voisins avec lui. La reprise de la guerre civile en Libye ne fait qu’aggraver la donne.

Le véritable débat que doit susciter la mort tragique des deux commandos n’est pas celui du tourisme, mais la manière de permettre à cette partie de l’Afrique à sortir par elle-même de cette ornière ; le volet militaire, on le voit, n’y suffit pas.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.